Cité de la Réussite 2014

C’est à l’occasion d’un travail de veille que j’ai découvert, après quelques rebonds netiques, l’événement « La Cité de la Réussite ». Le programme de l’édition 2014 autour de l’audace promettait de beaux sujets et de belles personnalités avec plusieurs conférences en parallèle. La déception surmontée face à l’absence d’un Alexandre Jardin, par exemple, je ressors grandi en découvrant de nouveaux noms. Par exemple, il faudra que je m’achète le « Petit éloge de la gentillesse » d’Emmanuel Jaffelin.

J’ai aussi découvert les magnifiques amphithéâtres de la prestigieuse Sorbonne. Salles et mobiliers sont magnifiques mais honnêtement, resté assis sur des bancs en bois plusieurs heures… ça fait mal ! J’ai forcément pensé à Petite Poucette et les descriptions des décalages entre le système éducatif et notre époque.

Cité de la Réussite 2014

Voici mes quelques notes et impressions de 2 des 3 conférences auxquelles j’étais inscrit, pas nécessairement rapportées dans l’ordre chronologique des discussions.

 

La Ville audacieuse, comment l’inventer ?

Initialement, Anne Hidalgo devait faire partie de la table ronde. Voir la maire de Paris défendre son projet et sa ville motivait ma venue… malheureusement, son absence fut remarquée au moins le temps de remplir la salle.

Pour discuter de la Ville audacieuse, l’organisateur avait réuni :

  • Sophie BOISSARD, Directrice générale déléguée Stratégie & Développement, Préfiguratrice de la branche Immobilière SNCF
  • Vincent CALLEBAUT, Architecte
  • Cédric KLAPISCH, Réalisateur
  • Tristram STUART, Historien, activiste

Le mélange était intéressant et j’ai pris plaisir à me laisser surprendre par l’audace réelle de Callebaut et Stuart.

Cédric Klapisch m’est apparu comme un spectateur. Évidemment, il a défendu l’audace de certains architectes tout en critiquant les processus de décision ne laissant pas toujours la place à la modernité. Selon lui, le projet retenu au forum des Halles (la Canopée) n’était pas le meilleur projet. Il pense que le centre Georges Pompidou n’aurait jamais vu le jour si dans les années 70s la démarche eut été identique. Aurait-il affirmé devant Anne Hidalgo que « Paris n’est pas la Ville la plus audacieuse » ? Aurait-il provoqué la maire de Paris en disant que « la pauvreté politique est un manque culturel et un manque d’imagination » ?

Madame Boissard m’a d’abord fait peur avec un discours qui ne m’a pas fait rêver : « deux tiers des opérations urbaines se font sur des friches ferroviaires » ou « redévelopper la ville aux portes des gares ». Mouais… La présentatrice enrichissait même la publicité des gares parisiennes avec ses crèches, ses labos et autres commodités pour les voyageurs toujours plus nombreux… Aucun spectateur n’a osé avancer l’hypothèse que le nombre croissant des voyageurs dans les gares est probablement lié au niveau de vie à Paris et à l’éloignement des actifs de leurs lieux de travail parisien. Elle a quand même lancé une idée intéressante en proposant le concept de « logements réversibles » ; avec les futures gares du Grand Paris, des espaces se trouvent effectivement figés, parfois inutilisés et donc invendables. L’idée serait donc de construire pour une durée déterminée (15 à 20 ans). Reste à savoir comment on finance ce type de logements réversibles et pour qui ? Elle a bien évoqué une cible étudiante, ce qui nous laisse imaginer des logements avec un confort minimal et purement en location.

Au contraire, il a été facile de rêver avec Vincent Callebaut et ses concepts d’Archibiotic. Je vous invite vivement à découvrir son site : http://vincent.callebaut.org/

Vincent Callebaud : LilypadQuand il a présenté son projet « LilyPads » pour les migrations climatiques, ça m’a rappelé que j’avais naïvement découvert ce phénomène lors d’un événement 5 ans auparavant du centre d’analyse stratégique (mes notes : ici). Devant les images des concepts « Asian Cairns » ou « Tao Zhu Garden », j’ai commencé à me demander le sérieux de ses idées jusqu’à ce qu’il explique que le premier avait fait l’objet d’un dépôt de permis de construire et que le second serait livré en 2016. Fan ou pas de ses projets, on peut comprendre sa frustration devant le manque d’audace des villes françaises pour concrétiser ses rêves en France.

De son côté, Tristam Stuart a réalisé un projet plus terre à terre en s’attaquant au gaspillage alimentaire. Il est parti du constat qu’un tiers de la nourriture est jetée entre les fermes (lieux de production) et les supermarchés (lieux de distribution) en passant par les consommateurs. Son idée est ainsi à l’initiative de la vente de légumes biscornus, moins jolis mais tout aussi bénéfiques que des légumes répondant à des normes esthétiques. Pour lui, il ne faut pas oublier notre dépendance à la Terre et qu’une « ville autosuffisante est une ville égoïste ». L’agriculture et les paysans sont aussi l’avenir de l’homme.

 

Climat et énergie : ayons l’audace de réussir la transition énergétique.

Bien qu’intéressante, j’ai moins de choses à tracer sur cette séance. Le débat est resté très typique du Yakafocon ! La forme de Brice Lalonde m’a fait marrer mais on reste sur des concepts qui finalement n’aboutissent pas : « verdir l’économie, verdir la fiscalité ! » OK, très bien mais comment ? Peut-être que tout cela avance trop lentement parce qu’on impose aucune décision.

B Lalonde citera l’ancien ministre du pétrole saoudien, Cheikh Yamani :

L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres.

L’âge du pétrole ne s’achèvera pas avec le manque de pétrole.

 

 

La chasse aux incivilités de la SNCF

Les médias font la publicité de la hausse des amendes dans les transports ferrés… Enfin, j’ai surtout vu SNCF. J’ai du mal à imaginer cette chasse dans la ligne 13 de la RATP aux heures de pointe quand des pousseurs vous invitent presqu’à grimper sur les sièges, si possible en moins de 20 secondes.

Punir donc… Je ne suis pas fumeur mais j’arrive à accepter qu’une personne excédée par un retard puisse fumer sur un quai. J’apprécie trouver un siège propre aussi et il est plutôt rare en allant au travail de voir des usagers poser leurs pieds sur les fauteuils. Punir sera-t-il plus efficace que les poésies sur les chewing-gums ou journaux de la RATP ? Ne faudrait-il pas punir la jolie fille devant moi qui engloutit des gâteaux d’avoine pour son régime dont elle n’a pas vraiment besoin ? En plus, elle fout des miettes partout ! Ou encore cette vieille dame fatiguée qui tousse et va contaminer les passagers d’une grippe ou autre virus qui coute si cher à la sécu. Il y a aussi un homme, sans doute ouvrier, qui vient de finir un chantier et qui rentre se laver, en tout cas il en a besoin, et se coucher probablement après un chantier nocturne. Il est appuyé contre la paroi et sa main s’accroche à la barre. Le prochain qui se frottera au mur se salira et celle qui attrapera la barre aura la désagréable sensation de la sueur laissée par ce zombi, ce survivant, pire, c’est peut-être un entrepreneur…

Punir… Pourquoi ne pas les flasher comme les automobilistes ? Ca rapporterait plus et on pourrait évident financer le ménage plus régulier des wagons. Non ? Je plaisante…

Il y a effectivement des comportements qui mériteraient d’être découragés car les insultes existent et pas seulement vers le personnel SNCF mais plus souvent entre passagers. Les haut-parleurs ne sont pas toujours de bonne qualité mais ils pourraient servir à diffuser de la bonne humeur. Il suffit de voir le sourire de certains passagers quand un conducteur ose de l’autodérision.

 

Et pourquoi ne pas encourager aussi les plus civilisés ? Une histoire a circulé concernant un voyageur ayant eu un comportement trop joyeux… Au lieu de se limiter à un interrogatoire au poste, pourquoi ne pas le féliciter publiquement (Voir article ici : http://www.legorafi.fr/2012/09/03/trop-souriant-dans-le-metro-il-finit-en-garde-a-vue/) ? Lui offrir une semaine de pass navigo ? Un point sur un permis bonne conduite ou émerveilleur public ? Que dire des contrôleurs, des services de sécurité, des gendarmes, de la police, … pour qui cela pourrait aussi être intéressant de pouvoir récompenser de temps en temps au lieu de réprimer sans cesse ? Je ne dis pas qu’il faut arrêter les contrôles mais qu’on pourrait aussi positiver et encourager les ‘bons’ savoir être. Je suis persuadé qu’on peut trouver des encouragements peu couteux.

 

Quoiqu’il en soit, n’attendons pas et sourions dès maintenant !

Ombres et Lumières, Jean-Pierre Goux, édition Hugo & Cie

Sur ma page Facebook, Jean-Pierre me demandait si le second tome de Siècle Bleu m’avait plu. Cela faisait 2 ans que j’avais fini Siècle Bleu et j’attendais la suite avec impatience. Jean-Pierre a été très généreux puisque ce deuxième volet est riche en rebondissements et aurait pu très bien faire l’objet du tome 2 et du tome 3. J’ai simplement adoré !

L’aventure des héros reste exceptionnelle et l’auteur mêle fiction et réalité avec brio. J’ai même l’impression d’une plus grande fluidité dans l’écriture. Les actions se multiplient, les événements dévoilent les intérêts des différents personnages avec subtilité et l’auteur raconte son rêve bleu avec une ambition grandissante.

La saga Siècle Bleu se lit réellement sur plusieurs dimensions : c’est d’abord une histoire dont les Américains pourraient faire un blockbuster. Qui sait peut-être qu’un français pourrait s’en charger d’ailleurs (Luc Besson y trouverait son compte, sinon mon frangin après son premier long métrage en préparation). Une autre dimension décrypte les arcanes de la finance criminelle ou d’autres actualités. Dimension scientifique, dimension humaine, … La dimension la plus importante repose sur l’espoir d’un monde meilleur et chaque héro d’Ombres et Lumières reprend les propos du chef navajo Hozho : « Résister, c’est créer la beauté (…). Créer la beauté, c’est résister. Il faut retrouver le sacré sur cette terre profanée et se rappeler que nous appartenons à un Tout bien plus vaste. »

J’ai retrouvé des rêves d’enfant, parfois oubliés, parfois ajournés, certains réalisés. Les références au passé comme l’ancrage dans l’actualité (par exemple, la mise en orbite de Dragon par SpaceX) sont autant de preuves de la possibilité d’une évolution plus ambitieuse et surtout meilleure.

Contrairement au premier tome qui s’achevait sur une intrigue qui relève du crime par son auteur (maintenant moins puisqu’on peut lire les 2 tomes sans attendre 2 ans), le deuxième volet a une fin même si plusieurs suites restent possibles.

 

Jean-Pierre, si tu lis ces quelques mots : merci. Je serai plus patient pour la suite et si besoin, je répondrais présent à ton appel pour « donner une tournure concrète à certaines des idées exposées dans le livre. » Je crois que tu as su réaliser un premier rêve avec cette saga et j’espère que tu ne cèderas pas à la tentation face à ce qu’il reste à accomplir. J’ai relevé ce passage important dans ton livre : « Chaque être humain naît avec un ou plusieurs rêves. La vie est une lutte perpétuelle entre la volonté de les réaliser et la tentation de s’en détourner. » En démarrant cet article, je me suis remémoré comment j’ai fait ta connaissance, comment l’ombre a laissé la place à la lumière, la lumière extrême même : www.extreme-light-infrastructure.eu . J’ai souri. 

 

Aux naufragés du web qui ont atterri sur ce billet, je vous recommande vivement la lecture d’ « Ombres et Lumières ».

Bonne lecture.

 

PJ : le trailer

 

Propagande verte et amitié insoutenable

Mes parents ayant lu « L’écologie en bas de chez moi », de Iegor Gran, font leur « petit geste » de recyclage en me l’offrant. Ni roman, ni essai, l’auteur livre ses impressions sur la propagande verte de ces dernières années et sur une amitié sacrifiée sur l’autel de l’éco-idéologie (ou l’inverse idéo-écologie).

Qu’est-ce qui tient du roman ? Qu’est-ce qui tient de l’autobiographie ? Pas facile à dire… Il écrit dans son texte : « Misérable est l’écrivain qui se sert de son imagination pour produire des textes nouveaux. » Wikipédia est pauvre en information sur Iegor Gran ; en le googlant, on finit par trouver une biographie des écrivains franco-russes plus complète. Il a donc bien fait l’Ecole Centrale Paris et comme Boris Vian, CNISF.org ne le référence pas dans son répertoire des ingénieurs français.

Son livre est sorti quelques jours avant l’annonce de Nicolas Hulot comme candidat à la Présidence. On peut imaginer les cauchemars de l’auteur cette nuit là et ce que cela donnera s’il est élu…

Si l’auteur attaque « la propagande » portée par les écologistes, soutenue par les entreprises qui y voient une opportunité, Iegor semble attristé par la disparition d’une amitié autrefois sincère.

Pour apprécier la démonstration, il faut garder une ouverture d’esprit et ne pas être allergique aux notes de bas de page de l’auteur (qui prend plaisir à ouvrir des parenthèses par ce moyen).

Cancùn : carte, territoire et Valerian

La deuxième semaine de janvier 2011, nous sommes partis nous reposer à Cancùn, ville de fêtes et du dernier sommet sur le climat. A l’aéroport, perdu dans le rayon bouquin du relay de notre terminal à Roissy, je me suis laissé tenter par « La carte et le territoire » de Michel Houellebecq pour occuper les séquences de bronzage face à la mer entre 2 visites culturelles ou festives.

2011 sera la première étape de notre projet de vie, nous avions donc choisi d’être modeste et de ne pas trop rallonger notre avoir suite aux vacances avortées pour cause de volcan en 2010. Notre hôtel 2 étoiles se situait après la série d’hôtels 5 étoiles sur le chemin depuis l’aéroport. La première nuit fut rude… il ne restait qu’une chambre avec 2 petits lits, une clim rouillée et bruyante et des murs aussi épais que du papier à cigarette… Gloups !!! Le lendemain, on nous libéra dans un autre bâtiment de l’hôtel, une chambre avec un vrai lit et plus agréable.  Ouf ! Les jardins derrière les bâtiments conduisaient à une plage de sable blanc et fin et à une eau turquoise. Allongé sous le soleil, environ 30°, j’ai commencé ma lecture. Je n’avais jamais lu de Michel Houellebecq alors pourquoi pas celui qui a eu le prix Goncourt. Je n’ai quasiment pas corné de pages : une pour me faire penser à acheter le livre de Bill Gates sur la Route du futur, une parlant de « l’honneur de la fonction » (parce que parfois je me sens entouré de gens pas assez honorés par leur fonction et d’autres beaucoup trop…), une autre page parlant du besoin d’avoir des centres d’intérêt et une dernière laissant croire que l’auteur donne des cours de creative writing. Bref, des pages cornées pour me souvenir de faire quelques recherches Internet à mon retour. Bouquiner en plein air m’a rappelé les bons souvenirs d’étés quand je lisais les grands auteurs pour ma classe prépa. L’auteur m’a tenu en haleine les deux premières parties mélangeant vie contemporaine et événements futurs. La fin m’a beaucoup moins plu… De mémoire, Houellebecq reconnaît lui-même qu’il n’a jamais su finir une histoire (Peut-être faudrait-il que je vérifie avec ses autres œuvres).

Autour de notre hôtel, comme aux abords de Cancùn, la ville garde les traces d’une crise économique et financière violente… Hôtels abandonnés, constructions stoppées, boutiques liquidées… Ca surprend pour une destination réputée pour le farniente et ses hôtels de luxe. Malgré tout, les prix restent élevés et les survivants se battent pour faire tourner leurs commerces. Si à Las Vegas, je n’avais pas réussi à sortir madame en boîte, en mémoire de The Mask (oui bon, d’accord…), nous avons passé une soirée au Coco Bongo !!! Goldmembers en plus… En fait heureusement, la fosse étaient pleine de jeunes (et moins jeunes) dansant sur les bars, se plotant, s’embrassant, se mélangeant… La crise n’a pas arrêté la fête.

Nous n’avons pas fait plus de 8300 km juste pour glander sur une plage et danser dans une boîte aussi mythique soit elle. Hélène voulait me montrer les temples qu’elle avait visités il y a plus de 10 ans. Sous la chaleur écrasante, le site de Chichen Itza est impressionnant : ses places, ses temples, son observatoire, … La pluie chaude nous a accompagnés pour le site de Cobà. Aux alentours, nous avons pris un bain dans un Cénotes suivi d’une purification par un chaman (bon, ok, il avait une blouse aux couleurs de la compagnie qui organise ce petit tour). Au sommet du temple, la vue est impressionnante sur la jungle et laisse à réfléchir sur la vie passée sur ces lieux et ce qu’il en restera dans le futur… Notre guide, Liliana, nous a fait visiter une petite boulangerie typique avant de raccompagner deux enfants de 5 et 7 ans à leur « cabane ». Le petit Valerian m’a bouleversé, assis à côté de moi dans le mini-bus, sa main s’est posé sur mon genou pendant tout le trajet. Je l’ai regardé pendant ce court voyage ; ses petits doigts m’ont rappelé ceux de mes enfants, son visage un peu sale a souri en voyant Liliana donner ses gâteaux.  Arrêté au bord de la route, un garçon est venu les accueillir, sans doute le grand frère, plus qu’heureux de les voir arriver avec leur trésor…  

En traversant les villes parfois faîtes de bois, parfois faîtes de béton, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’est quand même culoté de faire un sommet sur le climat à Cancùn où les hôtels envahissent les terres, dénaturant parfois des sites historiques. Il faut dire que je n’ai pas vu les infrastructures traitant les eaux usés de ces empires voyant défilés les touristes de tous les coins de la planète… Par contre, j’ai vu une éolienne. Un test ? Même si le contraste est moins fort qu’en Inde, la richesse s’installe à côté de la pauvreté…

J’ai passé d’excellentes vacances, j’ai vu des sites et des paysages magnifiques, je me suis senti impuissant face à certaines situations. Le sourire de Valerian me laisse croire qu’il grandira dans son environnement, différent de celui de mes enfants, mais très certainement en attachant une grande importance à la vie.

Le temps de faire une pause

Sur les 3 livres que j’ai ouverts de front, il y en a un qui a pris de vitesse les autres : « Trop Vite ! » de Jean-Louis Servan-Schreiber. Quelle ironie ! Pourtant l’auteur aurait sans doute préféré que je le lise plus lentement avec autant d’attention que l’intérêt qu’il a pu susciter et que je me mette au calme plutôt que dans le feu du RER connectant quotidiennement mon domicile à mon bureau. Pour relire au calme certains passages, j’ai donc corné, corné et corné quasiment une page sur trois !

Si le temps est le fil conducteur du livre, l’auteur explore les trois piliers du développement durable :

  • Sociétal : tant au travers des tendances politiques qu’au travers des relations aux autres,
  • Economique : l’impact sur la vie des entreprises, le système financier et la consommation,
  • Environnemental : parce que le temps nous est compté…

L’introduction pose le ton, avec du positif : « Nous avons tout pour mieux savoir, comprendre et prévoir. » suivi du négatif (souvent sous forme de question) : « Par quelle étrange malédiction sommes-nous pourtant, collectivement et individuellement, devenus myopes ? » JLSS explique ce mal par « la pandémie du court-termisme ».

Il explique la contagion par le progrès technologique et l’accélération provoquée par Internet notamment. C’est vrai qu’Internet permet un zapping permanent d’un sujet à un autre, de lire des informations toujours plus courtes, de se limiter à l’essentiel ou parfois au superficiel malheureusement… Et cela se propage dans le monde politique comme dans nos entreprises aux plus hauts niveaux. Plusieurs fois, j’ai été témoin de prises de décisions, certes avec élégance mais parfois aussi avec esbroufe, sans recul  et sans prise en compte du long terme (« Après moi, le déluge ! »). Certains ont même reporté leurs réflexions en me disant : « un tel décret mérite un schéma. Sujet suivant ! » Mouais… le monsieur avait raison, j’aurais pu prendre le temps de faire un schéma mais le fameux décret tient sur un A4. Cet exemple illustre pour moi une crainte de JLSS sur la « démusculation » de nos neurones : les « transformations profondes de nos modes d’action et rythmes de travail sont en train de modifier nos comportements, au risque d’atrophier certaines de nos facultés. » L’auteur nous invite a lire l’article de Nicholas Carr : « Is Google making us stupid ? »  Faut-il donc avoir peur des progrès ? JLSS modère la réponse en rappelant que Socrate « s’inquiétait du développement de l’écriture, craignant que les gens ne finissent par confondre les mots écrits avec la vraie connaissance. » Au-delà d’Internet, ce sont tous les nouveaux services qui contribuent au court-termisme : « Vivons dans l’instant, nous en avons les instruments ! ». L’auteur illustre ce point et le fait que « la valeur d’usage commence à supplanter celle de possession » par le Velib, l’autolib, … Reste à voir si le partage dure dans le long terme, si les produits partagés sont maintenus en l’état continuant à rendre les services séduisants.

Le journaliste cite également Robert Rochefort rappelant qu’autrefois « nous avions une conception patrimoniale des objets et de l’acte d’achat. » Ca m’a rappelé les propos d’Yves Carcelle lors des rencontres économiques de Saint-Germain-en-Laye. Le patron de Louis Vuitton expliquait que le luxe avait traversé la crise car les produits sont de « réels investissements » qui apportent aux clients un « supplément d’émotion ». Un sac Louis Vuitton s’achète sans doute avec la même conception qu’autrefois. Quels objets laisserai-je à mes enfants ? Je ne sais pas… cela dit, mon fils aîné allume de temps en temps le synthétiseur que j’ai eu il y a maintenant plus de 20 ans.

La lecture de certains passages a retenu aussi mon attention par rapport à mes garçons. JLSS conte une expérience où on laisse un enfant seul dans une pièce avec un bonbon en lui promettant de lui en donner un 2ème dix minutes plus tard, si l’enfant n’a pas à ce moment mangé le bonbon. Visiblement « la grande majorité des petits mangeait le bonbon tout de suite. » Quand je les observe, je me dis qu’individuellement chacun pourrait craquer tandis qu’en groupe ils pourraient peut-être tenir le coup… Faudra que j’essaie ! Mais comment savoir si céder à certains de leurs caprices nuira plus tard à leur avenir ? J’ai parfois l’impression d’user du prétexte qu’ils sont petits (ou de mes absences) pour répondre à ces pleurs, ces crises, … De la même façon, JLSS écrit : « La science donne de l’espoir, mais elle sert aussi de prétexte à ceux qui préfèrent retarder les mesures contraignantes. »

Je ne peux que conseiller la lecture de ce livre à celles et ceux qui s’interrogent sur leurs propres vies tant personnelles que professionnelles.

Si nous changions le monde

« 80 Hommes pour changer le monde » fait partie de ces livres qui donnent envie de rencontrer des personnes exceptionnelles, de voyager et d’entreprendre.  Quelques années avant le livre de Dominique Nora (« Les pionniers de l’or vert », voir l’un de mes précédents articles par ici), Sylvain Darnil et Mathieu le Roux ont fait le tour de la planète pour dresser les portraits de « personnalités qui (les) inspirent », des « alter-entrepreneurs ». Ces entrepreneurs rencontrés par Sylvain Darnil et Mathieu le Roux ont d’exceptionnel (les auteurs les appellent aussi des « héros ») d’avoir choisi à un moment ou un autre de leur vie d’écouter la petite voix intérieure pour donner du sens à leur vie professionnelle (si on peut distinguer vie pro et vie perso pour ces Hommes). Une autre de mes lectures m’a rappelé une parole du père de la philosophie qui colle avec la quête des 2 aventuriers de « 80 hommes pour changer le monde » ; Socrate  répond à ses disciples avant de boire la ciguë : « La Grèce est grande, et l’on y trouve un grand nombre de personnes habiles. Et il y a bien des pays étrangers : il faut les parcourir tous, et les interroger pour trouver cet enchanteur, sans épargner ni travail ni dépense. Il n’y a rien à quoi vous puissiez employer votre fortune plus utilement. Et puis, il faut aussi que vous le cherchiez parmi vous. Car vous ne trouverez peut-être personne plus capable de faire ces enchantements que vous-mêmes. »

Entreprendre

Comme beaucoup des livres que j’ai pus lire, j’ai corné un grand nombre de pages, touché par l’expérience des auteurs et aussi par ces hommes et femmes. Au-delà de l’idéalisme porté par ces biographies, j’admire la réussite de ces entrepreneurs à développer des sociétés, donnant du travail à des hommes et des femmes, plus que des salaires, du sens, trop souvent oublié ou perdu dans nos entreprises occidentales. Ces nouveaux dirigeants se battent pour des résultats sur le long terme mettant un point d’honneur à équilibrer les drivers financiers et les drivers développement durable.

Voyager

Ce récit de voyages m’a rappelé les rencontres professionnelles que j’ai eues à Seattle, New York, Austin, New Delhi, Amsterdam, Tokyo, … Des paysages, des vies, des idées partagées, des succès, des rêves…  Sylvain Darnil et Mathieu le Roux citent Oscar Wilde : « il est important d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit ». L’expérience des auteurs renforce l’idée que Montaigne se faisait sur les voyages qui forment la jeunesse.

Grandir

Curieusement, même si mon plus grand fils n’a que 8 ans, l’aventure de ces 2 jeunes gens m’a projeté dans l’avenir de mes 3 enfants, m’a donné l’espoir de pouvoir leur offrir un jour un voyage similaire pour les aider à prendre conscience de leurs chances et de donner toujours plus de sens à leurs vies. Maximilien Rouer, fondateur et président de BeCitizen, préface l’ouvrage en affirmant que ces « jeunes ultra-diplômés, certains débutants et d’autres plus expérimentés, qui hier auraient postulé dans les plus grands groupes, et aujourd’hui rejettent ces structures pour leur manque de sens, ou ne les conçoivent que comme un passage obligé pour rendre efficace leur engagement suivant… » puis, plus loin : « Cette nouvelle génération se prend en charge, ayant réalisé précocement que nos aînés ont trop à faire pour maintenir leurs privilèges. »  J’espère sincèrement que mes petits monstres s’enthousiasmeront un jour pour une telle aventure.

Développement durable

Celles et ceux qui souhaitent dépasser la définition du développement durable trouveront dans ce livre la plus belle illustration. Nos 2 auteurs ont en effet rencontré des entrepreneurs impliqués sur le volet social et sociétal comme Yunus Muhammad et la Grameen Bank donnant accès au crédit aux plus défavorisés (Inde) ou encore Lerner Jaime au Brésil dans le domaine de l’urbanisme. J’ai apprécié l’originalité du projet de Garth Japhet, en Afrique du Sud, avec une télé-réalité éducative. Le volet environnement est également largement abordé avec de nombreux exemples sur la gestion des déchets ou encore la transformation du process de la société Safechem remplaçant un produit polluant par un service plus respectueux de la nature. Cet été, j’ai lu également l’histoire de Guy et Neca Marcovaldi et leur projet Tamar à mes enfants qui ont été attentifs à l’aide portée aux tortues des plages brésiliennes. Quant au volet économie, tous cherchent à développer des entreprises rentables et à attirer les investisseurs à tenir compte du sens profond porté par leurs idées. On pourra retenir l’exemple d’Amy Domini et du premier index boursier éthique, le Domini Social Index.

Si vous n’êtes pas encore convaincu de lire ce récit qui a obtenu le prix littéraire des droits de l’Homme 2005, parcourez le site web des auteurs : www.80hommes.com

Pas facile de construire quand détruire est si simple

Au 56ème étage de la Tour Montparnasse, je suis venu écouter notamment JP Goux et d’autres illustres personnes débattre sur le green business : le business mise green par Générations d’idées. Marc Guillaume a ouvert la soirée expliquant que si l’Europe se préoccupe de son air, l’Asie s’inquiète pour ses terres et la qualité de l’eau tandis que les américains abordent le sujet par l’innovation. Des questions ont fusé autour des énergies, des habitudes de consommations et des initiatives locales (type EcoWatt en Bretagne).

Les discussions se sont installées un instant autour des indicateurs : on a opposé la nécessité de mesurer les choses à la simplicité d’un discours invitant au changement. Les voitures ont été citées grâce à l’évolution technologique des moteurs et la pédagogie de la pub automobile affichant un indicateur CO2. Je n’ai pas osé dire que mes enfants – bien qu’intelligents – ne comprendront sans doute pas tout de suite ce que cela signifie. Sans doute suis-je trop facile en acceptant de leur offrir une console dont le bilan carbone est mauvais mais dont le rêve du jeu reste plus fort pour leur jeune conscience carbonique ? Ils sont plus attirés par le bénéfice plaisir du jeu que l’angoisse d’émettre des GES tout au long du cycle de vie de leurs consoles. Comment puis-je changer cela ? Couper la tv ? Internet ? Les retirer de l’école et autres activités associatives où d’autres enfants prennent plaisir avec ces objets ? Hors de question !

Reparti vexé d’avoir été coupé dans sa question qui tardait à sortir, un jeune homme rageait dans l’ascenseur parce qu’il ne comprenait pas que les consommateurs à qui on demande d’économiser l’énergie réclament une part de richesse. Il s’insurgeait disant qu’on ne le payait pas lui pour ne pas avoir de voiture, etc… Malgré les 56 étages à descendre, là encore, je n’ai pas osé lui dire de prendre le problème dans l’autre sens. Certes, il n’est pas payé pour ne pas rouler en voiture et donc il économise l’achat du véhicule, l’assurance, l’essence, l’entretien, … Sur Paris il peut le faire, à Distroff beaucoup moins (publicité gratuite et subliminale pour mon village d’enfance). Cette économie, il en a peut-être conscience, d’autres non ou encore une fois, d’autres ne peuvent faire autrement qu’avoir une voiture. J’ai d’ailleurs été surpris que pour l’initiative EcoWatt, personne ne dise qu’en fait RTE gagne sur la gestion de la pointe couteuse pour le gestionnaire de transport et le consommateur économise également sur sa facture en plus de faire un geste héroïque.

Pas facile d’aller au bout de la route quand elle est sinueuse et longue.

Pas facile de rêver quand les héros n’existent plus.

Pas facile de construire quand détruire est si simple.

2 siècles, 2 ingénieurs, 2 auteurs

Jusqu’à présent, je restituais ici de manière linéaire les pages cornées et les quelques réflexions inspirées par mes lectures. Aujourd’hui, j’ai envie de mélanger 2 livres écrits par deux auteurs différents, de formation ingénieur différente, et de 2 époques proches mais différentes malgré tout.

En guise d’introduction, je vous livre quelques brins de ma modeste petite vie pour vous conduire doucement vers ces 2 écrivains.

Petit, je disais à mes parents que je voulais être « ingénieur de légo ». Les petites briques m’occupaient beaucoup avec mon ami d’enfance Pierre et nous permettaient de voyager dans le temps et dans l’espace en nous racontant des histoires. Conquête de l’espace, conquête du far west, conquête moyenâgeuse, … Cette passion était à la limite de l’obsession puisque j’avais fait vider à maman le sac de l’aspirateur car il manquait le bouclier (environ 1 cm²) à l’un de mes chevaliers. A-t-on déjà vu un chevalier terrassé par un aspirateur ? Le bouclier fut retrouvé et le chevalier repartit en aventure…

Puis j’ai grandi, hésitant entre musique et poésie, pratiquant théâtre au lycée et films super 8 avec mon grand frère Jacques-Hervé. Evidemment, mes parents préféraient me voir ingénieur, métier d’avenir à l’époque (le premier roman présente ce métier ironiquement). Au-delà de poèmes oubliés, je me suis quand même livré à l’écriture d’une nouvelle, l’été de mon bac, plus pour exorciser mes cauchemars (seule valeur du texte), sans chercher à publier. L’écriture n’était pas une réelle nouveauté ; il s’agissait de garder une part de créativité tout comme avait su le faire l’un des deux auteurs dont je vais vous parler, le second n’ayant publié son premier livre qu’en 2010.

C’est effectivement au lycée que je découvre le premier auteur dont on m’avait dit qu’il avait fait l’école centrale des arts et manufactures devenue aujourd’hui la fameuse Ecole Centrale Paris. J’ai repris ces derniers jours la lecture de son premier roman, histoire de trouver des analogies avec le premier roman du second ingénieur, diplômé lui d’une autre école parisienne, l’école nationale supérieure de Techniques Avancées. La différence, c’est que le premier a été diplômé en 1942 et que le second a obtenu son diplôme 54 ans plus tard, soit en 1996. La première histoire est publiée au XXème tandis que la seconde est éditée au XXIème siècle : 2 siècles.

Les deux histoires dessinent des amitiés, des amours et des liens entre les personnages et leur environnement. Le roman de 1946 passe de la couleur à l’obscurité, les murs se resserrent, les fleurs fanent avec l’évolution de Chloé… L’aventure de 2010 commence sur un sombre constat environnemental et des comportements humains moins angéliques ; mais la noirceur cède progressivement la place au bleu.

Ces 2 dessins et les desseins des personnages s’animent tout en poésie. Chaque poésie est elle-même mise en musique par les 2 auteurs. Le premier, fan de jazz, sonorise son histoire avec notamment « du » Duke Ellington. Même si on retrouve Miles Davis, le second propose un environnement musical plus souvent techno. L’influence musicale de nos 2 auteurs-ingénieurs tient certainement à leur époque. Le plus ancien a choisi de déformer la réalité tandis que le plus jeune implique l’actualité dans son histoire, l’avenir nous dira si son histoire participera à l’actualité au sens améliorer notre quotidien pour éviter une sombre évolution…

J’ai donc corné énormément de pages dans chacun des 2 livres car les 2 histoires sont magnifiquement écrites et ont parfois provoqué chez moi des émotions. Je garderais pour moi cette fois-ci les passages préférés vous laissant découvrir par vous-même la beauté des deux univers. Les indices ci-dessus vous auront peut-être permis de reconnaître « L’écume des jours » de Boris Vian et « Siècle bleu » de Jean-Pierre Goux.

A l’ère de l’écologie, de la globalisation et de l’internet, vous pourrez retrouver JP Goux sur son blog www.sieclebleu.org  voire devenir ami avec ses personnages principaux sur Facebook.

Bonne lecture et bonne écoute si vous écoutez les interviews (elles valent le coup !) !