Cité de la Réussite 2014

C’est à l’occasion d’un travail de veille que j’ai découvert, après quelques rebonds netiques, l’événement « La Cité de la Réussite ». Le programme de l’édition 2014 autour de l’audace promettait de beaux sujets et de belles personnalités avec plusieurs conférences en parallèle. La déception surmontée face à l’absence d’un Alexandre Jardin, par exemple, je ressors grandi en découvrant de nouveaux noms. Par exemple, il faudra que je m’achète le « Petit éloge de la gentillesse » d’Emmanuel Jaffelin.

J’ai aussi découvert les magnifiques amphithéâtres de la prestigieuse Sorbonne. Salles et mobiliers sont magnifiques mais honnêtement, resté assis sur des bancs en bois plusieurs heures… ça fait mal ! J’ai forcément pensé à Petite Poucette et les descriptions des décalages entre le système éducatif et notre époque.

Cité de la Réussite 2014

Voici mes quelques notes et impressions de 2 des 3 conférences auxquelles j’étais inscrit, pas nécessairement rapportées dans l’ordre chronologique des discussions.

 

La Ville audacieuse, comment l’inventer ?

Initialement, Anne Hidalgo devait faire partie de la table ronde. Voir la maire de Paris défendre son projet et sa ville motivait ma venue… malheureusement, son absence fut remarquée au moins le temps de remplir la salle.

Pour discuter de la Ville audacieuse, l’organisateur avait réuni :

  • Sophie BOISSARD, Directrice générale déléguée Stratégie & Développement, Préfiguratrice de la branche Immobilière SNCF
  • Vincent CALLEBAUT, Architecte
  • Cédric KLAPISCH, Réalisateur
  • Tristram STUART, Historien, activiste

Le mélange était intéressant et j’ai pris plaisir à me laisser surprendre par l’audace réelle de Callebaut et Stuart.

Cédric Klapisch m’est apparu comme un spectateur. Évidemment, il a défendu l’audace de certains architectes tout en critiquant les processus de décision ne laissant pas toujours la place à la modernité. Selon lui, le projet retenu au forum des Halles (la Canopée) n’était pas le meilleur projet. Il pense que le centre Georges Pompidou n’aurait jamais vu le jour si dans les années 70s la démarche eut été identique. Aurait-il affirmé devant Anne Hidalgo que « Paris n’est pas la Ville la plus audacieuse » ? Aurait-il provoqué la maire de Paris en disant que « la pauvreté politique est un manque culturel et un manque d’imagination » ?

Madame Boissard m’a d’abord fait peur avec un discours qui ne m’a pas fait rêver : « deux tiers des opérations urbaines se font sur des friches ferroviaires » ou « redévelopper la ville aux portes des gares ». Mouais… La présentatrice enrichissait même la publicité des gares parisiennes avec ses crèches, ses labos et autres commodités pour les voyageurs toujours plus nombreux… Aucun spectateur n’a osé avancer l’hypothèse que le nombre croissant des voyageurs dans les gares est probablement lié au niveau de vie à Paris et à l’éloignement des actifs de leurs lieux de travail parisien. Elle a quand même lancé une idée intéressante en proposant le concept de « logements réversibles » ; avec les futures gares du Grand Paris, des espaces se trouvent effectivement figés, parfois inutilisés et donc invendables. L’idée serait donc de construire pour une durée déterminée (15 à 20 ans). Reste à savoir comment on finance ce type de logements réversibles et pour qui ? Elle a bien évoqué une cible étudiante, ce qui nous laisse imaginer des logements avec un confort minimal et purement en location.

Au contraire, il a été facile de rêver avec Vincent Callebaut et ses concepts d’Archibiotic. Je vous invite vivement à découvrir son site : http://vincent.callebaut.org/

Vincent Callebaud : LilypadQuand il a présenté son projet « LilyPads » pour les migrations climatiques, ça m’a rappelé que j’avais naïvement découvert ce phénomène lors d’un événement 5 ans auparavant du centre d’analyse stratégique (mes notes : ici). Devant les images des concepts « Asian Cairns » ou « Tao Zhu Garden », j’ai commencé à me demander le sérieux de ses idées jusqu’à ce qu’il explique que le premier avait fait l’objet d’un dépôt de permis de construire et que le second serait livré en 2016. Fan ou pas de ses projets, on peut comprendre sa frustration devant le manque d’audace des villes françaises pour concrétiser ses rêves en France.

De son côté, Tristam Stuart a réalisé un projet plus terre à terre en s’attaquant au gaspillage alimentaire. Il est parti du constat qu’un tiers de la nourriture est jetée entre les fermes (lieux de production) et les supermarchés (lieux de distribution) en passant par les consommateurs. Son idée est ainsi à l’initiative de la vente de légumes biscornus, moins jolis mais tout aussi bénéfiques que des légumes répondant à des normes esthétiques. Pour lui, il ne faut pas oublier notre dépendance à la Terre et qu’une « ville autosuffisante est une ville égoïste ». L’agriculture et les paysans sont aussi l’avenir de l’homme.

 

Climat et énergie : ayons l’audace de réussir la transition énergétique.

Bien qu’intéressante, j’ai moins de choses à tracer sur cette séance. Le débat est resté très typique du Yakafocon ! La forme de Brice Lalonde m’a fait marrer mais on reste sur des concepts qui finalement n’aboutissent pas : « verdir l’économie, verdir la fiscalité ! » OK, très bien mais comment ? Peut-être que tout cela avance trop lentement parce qu’on impose aucune décision.

B Lalonde citera l’ancien ministre du pétrole saoudien, Cheikh Yamani :

L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres.

L’âge du pétrole ne s’achèvera pas avec le manque de pétrole.

 

 

Mendicité, resto du coeur, etc…

Aujourd’hui, un bulletin de don pour les restos du cœur m’attendait dans la boîte aux lettres. Voilà maintenant un an en préparant mon pot de départ au travail, sachant qu’une collecte pour un cadeau serait organisée, j’ai demandé que l’enveloppe fasse l’objet d’un don aux Restos du Cœur. Je me souviens encore des réactions…Resto Du Coeur

D’abord, un collègue a essayé de me convaincre de ne pas le faire : « il y a toujours des malversations dans ces associations », me disait-il. « C’est l’occasion d’avoir un truc pour te faire plaisir ! » Après une négociation en faisant intervenir d’autres collègues plus compréhensifs, on m’a donc offert ce petit plaisir et une contribution sincère à une oeuvre caritative. Plus tard, une collègue m’a surpris par une question que je n’ai toujours pas comprise : « Pourquoi faire un don aux restos du cœur ? » A croire que la gentillesse ne peut pas être sincère. La gentillesse est suspecte.

Quand je me rends à mon bureau en prenant le train pour Saint-Lazare, je marche quelques minutes et en montant la rue de Vintimille, il y a cette dame, sans âge, devant le franprix, assise, tendant la main en essayant de sourire. Je m’interroge souvent comment fait-elle pour survivre ? pourquoi Paris et pas plus au sud, plus au soleil. Parfois, je me dis que je devrais m’arrêter, lui demander simplement, comprendre comment on peut en arriver là… mais je n’en ai pas le courage. Alors, je réponds à son sourire et lui tends une pièce aussi souvent que possible.

 

N’ayez pas peur d’être gentil, au moins une fois de temps en temps, sur avec le froid qui arrive.

Grain de sable

Le grain de sable a bloqué l’escalier.

Avec elle, la tempête a tout emporté.

Le désert s’installe, la nuit tombe,

Le froid glace, tout devient bien sombre.

De lui-même, il n’est plus qu’une ombre.

Comment revivre après une hécatombe ?

Dans le ciel, une étoile vient l’emporter.

Qui est-elle ? Est-ce une alliée ?

Ou au contraire, un nouveau mirage ?

Etoile, donne lui le courage.

Petite Poucette de Michel Serres

Zapping à la maison, zapping à l’école, zapping dans les relations… Tout un bouleversement induit par les comportements d’une nouvelle génération, des changements pas toujours compris par celles et ceux emprisonnés du passé.

Michel Serres plante dans les premières pages un décor étrange pour son héroïne, petite poucette, nourrie aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux. Rapidement, il cherche à comprendre et pose la question suivante : « Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d’été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts…, sans avoir expérimenté, dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ? »

Posée comme ça, c’est presqu’inquiétant. Si j’ai connu les vrais animaux, les champs, la pêche aux tritons et autres crapauds…, si je me souviens des chars dans les rues de mon village simulant une guerre, c’est surtout parce qu’aux trêves, avec mes amis, c’était la course à la douille, aux obus en plâtre, … Evidemment, il y a bien eu les alertes au lycée pendant la guerre du Golf mais la réalité se vivait à des kilomètres. Etudiant à Paris, j’ai été frappé de voir les jeunes parisiens découvrir les animaux au parc des expositions, Porte de Versailles.

Le philosophe ne joue pas la mélodie des réfractaires et rappelle que ce sont les « adultes qui ont méticuleusement détruit (la) faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze. » Ces adultes récitent l’histoire, racontent les grandes ères de l’humanité et semblent figés dans le passé dans leurs pratiques, leurs modes de pensée, leurs modes de vie… « Voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classe, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même…, cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus. »

Finalement, l’auteur décrit une personne agissant comme une entreprise externalisant certaines ressources, certaines capacités cognitives dans le magma d’Internet. Petite Poucette aurait bel et bien une tête moins pleine (ou pleine différemment) et mieux faite pour répondre à Montaigne. Michel Serres annonce alors : « Fin de l’ère du savoir ». Le savoir se consomme désormais comme n’importe quel autre produit ou service. Le philosophe explique alors les mutations des comportements à l’école conduisant parfois à certaines incompréhensions. Revenant là aussi à une image d’entreprise, il évoque les lois de l’offre et de la demande. Selon lui, l’offre ne répond plus à la demande… Je dois dire qu’en regardant mes garçons, je me suis posé la question de l’interactivité à l’école. Apprendre à lire, apprendre à écrire, est-ce possible sans une méthode directive ? Mon grand garçon a désormais une partie de ses cours sur iPad. N’apprend-il pas autrement déjà ?

Michel Serres décrit les anciennes pratiques avec sévérité : « le savoir lui-même exigeait des corps humiliés, y compris de ceux qui le détenaient. » De ce carcan, Petit Poucette se libère… Je me souviens encore du tournage d’une classe de CM2 avec mon frère, il y a déjà plus de 15 ans. Mon frère et moi avions un souvenir strict de l’instituteur. A chaque demande de participation à notre époque, les élèves baissaient la tête… Pendant le tournage, le maître d’école interviewé au fond de la classe devait parler de plus en plus fort pour couvrir le chahut des élèves. Il proposa alors qu’un élève vienne montrer l’usage fait de l’unique PC de la classe ; si les enfants avaient pu se battre pour participer, ils l’auraient fait. N’était-ce pas là les signaux faibles des mutations évoquées par le philosophe ?

Une autre vérité révélée peut expliquer les difficultés des entreprises à se développer, non pas à cause de Petite Poucette mais de celles et ceux effrayés par le changement : « au travail, elle répond à celui qui lui parle, non selon la question posée, mais de manière à ne pas perdre son emploi. Désormais courant, ce mensonge nuit à tous. » Si nous vivons avec le niveau de vie que nous connaissons, c’est bien grâce à nos ainés mais l’exemplarité n’est pas toujours au rendez-vous. Michel Serres donne l’illustration donnée par les politiques tant dans leur mode de communication que dans leur assemblée (brouhaha, tweet, …).

Un ouvrage courageux, gênant, qui interpelle, une invitation à encourager la modernité à bon escient, évidemment.

 

Coïncidence excellente, voici l’image trouvée sur mon réseau social pro :La pyramide de Maslow

 

Petite Poucette a rajouté une base à la pyramide de Maslow. Est-ce que Michel Serres partage ?

 

 

Le loup en livre ou en film ?

Une fois n’est pas coutume, ce billet évoquera aussi bien le film que le livre : Le loup de Wall Street. J’ai pris soin de commencer par l’autobiographie de peur que le film ne me motive pas à lire les 760 pages de l’édition de poche. Si j’avais bien entraperçu quelques secondes Leonardo Di Caprio dans une bande annonce, le sujet m’échappait complètement hormis la référence à la célèbre place financière New Yorkaise. Alors, pourquoi ne pas lire « Le loup de Wall Street » sur la plage et regarder le film après ?Wolf Of Wall Street
Premier constat : malgré le nombre de pages, je n’ai pas corné plus de 10 pages… j’ai bien ri mais ce n’est qu’une autobiographie partielle, tournant parfois à l’autodérision. Il y a aussi beaucoup d’autopromotion (ça fait beaucoup d’autos mais c’est un livre qui roule !). Est-il un vendeur hors pair ? A l’occasion, j’irai regarder les vidéos sur sa page FB www.facebook.com/jbstraightline ou ses conseils de vente sur www.jbstraightline.com.
Deuxième constat : même dans les romans qui n’ont aucun rapport avec notre époque et surtout le travail, j’arrive toujours à marquer des pages ou des expressions en me disant qu’un jour, j’utiliserai telle ou telle chose, que je citerai des passages pour appuyer mes messages, etc. Là, alors qu’il y a l’univers « business », je ne retiens finalement pas beaucoup de choses. Le livre est dédié à ses enfants, je pensais même voir en quoi il leur laisse une trace de lui, un héritage, une demande de pardon, autre… mais non, rien. Un peu décevant sur ce plan.
Troisième constat : la richesse des événements nécessitait forcément une simplification de l’histoire pour faire un bon film… mais pourquoi donc dans l’adaptation des noms, ont-il été changés les noms alors qu’une recherche sur Google redonne les vrais noms ? Curieux…
Au début du livre, une note explique que J Belfort est condamné à verser 50% de ses gains à ses anciens clients-victimes. Si l’escroquerie est à peine décrite comme la raison du blanchiment d’argent (dans le film, il va planquer son fric pour que le FBI ne le dépouille pas), à l’inverse, il explique assez clairement comment il manipule ses équipes : « c’est plus facile de les contrôler s’ils sont fauchés. (…) ils sont endettés jusqu’au cou, pour des voitures, des maisons, des bateaux et tout ce genre de conneries. S’ils ratent un chèque, ils sont dans la merde. C’est comme s’ils avaient des menottes dorées aux poignets. A vrai dire, je pourrais les payer plus, mais alors ils n’auraient plus autant besoin de moi. » N’est-ce pas démoniaque ? D’autant plus que quelques pages plus loin, l’auteur relate un petit discours de motivation pour que ses équipes décrochent leurs téléphones et « arrachent les yeux de la tête » de leurs clients. On pourrait penser qu’il est transparent puisqu’il ajoute un peu plus loin : « Laissez les conséquences de l’échec devenir si désastreuses et inconcevables que vous n’aurez plus d’autres choix que de tout faire pour réussir. » Il qualifie lui-même ses agissements comme des « lavages de cerveaux ».
Le Loup et les Lemmon 714Martin Scorsese remporte un grand succès avec l’adaptation cinéma mais j’ai moins ri qu’à la lecture du livre, peut-être parce que je ne pouvais plus être surpris.Toutefois, Di Caprio m’a amusé lorsdu passage où il s’effondre après une surdose de LEMMON 714. Pourtant, Scorsese n’a pas abusé d’effet visuel pour renforcer son délire. Au contraire, j’ai presqu’été gêné par le nombre de marche de l’escalier du Club house. J’ai quand même fait pause pour photographier cette magnifique ouverture de la porte de la Lamborghini. On a l’impression que la porte le soulève presque.
Il a fallu faire des choix pour le scénario mais la version papier livre une scène qui m’a fait penser à la séquence finale du film « Orange mécanique ». Le Loup de Wall Street est en désintoxication et la thérapeute propose à Jordan Belfort de prendre alors la parole en public et sa petite voix intérieure digne d’Alex résonne : « Le Loup était enfin de retour au combat ! ». Le discours qui suit porte sur un événement anodin démontrant son aptitude à manipuler les foules avec humour.

Comme quoi, lire le bouquin après avoir vu le film apporte son lot de surprises. Toutefois, ni cherchez aucune morale mais uniquement un moment de folie (nickel pour la plage !)

Un 15 août à Paris

C’était le 26 juin dernier que je me suis décidé à aller écouter mon ancienne camarade d’école à la « Librairie comme un roman » dans le 3ème arrondissement. Céline Curiol présentait son dernier livre « Un quinze août à Paris – Histoire d’une dépression ».  La jeune écrivain (je suis jeune donc elle est jeune) semblait resplendissante et en forme contrairement à la sombre période qu’elle relate dans son ouvrage. Quelle aisance pour évoquer une période aussi trouble en public ! Et quelle poésie dans sa narration ! J’ai vraiment été impressionné.15aoutParis

Son ambition est d’aider celles et ceux qui souffrent (ou ont souffert) d’une dépression à la comprendre, à la combattre, à la dépasser. Pourtant, à la lecture des premières pages, si bien écrites soient-elles, je me suis demandé si finalement je ne suis pas déprimé : « incapacité à la rêverie », « affadissement définitif du monde », « incapable de me reposer tout en étant inapte à entreprendre »… Cependant, dès le début, elle distille tout ce qui peut freiner une dépression :  « reconnaître l’importance de nos réalisations personnelles », « force collective », …

Céline Curiol illustre son vécu en citant d’autres auteurs ayant analysé également leur mélancolie, intranquilité, dépression. Sa propre analyse n’a rien à leur envier :

« Celui qui n’anticipe plus l’avenir, n’invente plus ses futurs souvenirs »

C’est un témoignage poétique, émouvant (sans doute encore plus quand on a partagé quelques moments avec l’auteur, même il y a bien longtemps) et courageux.

Très bonne lecture !

Le Mystère des dieux

Ni grand lecteur, ni grand critique, je suis un humble corneur de pages de livres pour garder la trace des passages que j’ai pu apprécier. Avec « Le Mystère des dieux », comment ne pas sourire à mon activité ? Si Michaël Pinson, héros des romans de Bernard Werber, savait cela, il serait probablement plié !

Bernard Werber

Avant d’aborder ce troisième volet, je tempère ce que j’ai pu écrire dans le billet précédent sur la profanation de personnages existants. Finalement, il existe bien des romans historiques et comment ai-je pu oublier toutes les tragédies apprises au collège racontant les aventures d’illustres grecs ou romains. Alors pourquoi l’accepter d’autres auteurs et pas de Bernard Werber ? Donc, je l’accepte et je m’excuse au passage pour ce jugement un peu rapide.

Ce troisième volet conclue la quête du savoir de Michaël Pinson et de ses amis. Je parcours les pages cornées et je continue de penser que cette trilogie est un apprentissage de la société dans tous les sens du terme, y compris société au sens entreprise. Tout d’abord, parce que Michaël Pinson est un entrepreneur et aventurier. Et surtout, parce que c’est rempli de conseil qu’on peut attendre de la bouche de coach ou de formateur : « Nous possédons tous un don particulier, répond Orphée, il suffit de le trouver et le travailler. »
Il y a aussi des phrases à se noter et à sortir dans certaines réunions : « Il y a des moments où il faut arrêter avec les jolies phrases toutes faites ! Ce ne sont que des facilités pour que l’humanité accepte l’inacceptable. »
« A force d’être libre on finit par être seul. »
A noter que le héros n’est pas non plus le gars parfait. Il a ses forces et aussi ses faiblesses. Alors il avance en équipe, sans être vraiment le leader, sans les fédérer derrière lui mais avec lui, à ses côtés… comme dans une entreprise donc. (Il faut que j’arrête avec mes analogies avec les entreprises). Sa plus grande qualité est finalement de ne jamais baisser les bras, de faire face à l’adversité et de continuer à vouloir s’élever puisque telle est sa motivation. Dans son aventure, Michaël découvre que les mondes sont interconnectés et que le savoir est disponible à chacun, comme la sève qui irrigue chaque branche et chaque feuille d’un arbre. Ce passage m’a alors rappelé une discussion avec un scientologue : « Tout savoir est accessible. Il y a comme un grand magma au-dessus de nos têtes, il suffit de s’y connecter et de se servir ». Ce souvenir m’a conduit à regarder comme la Scientologie se présente (au-delà de ses stars hollywoodiennes) et surprise, l’explication des 8 dynamiques de la scientologie fait écho à l’aventure contée par Bernard Werber. On pourrait évidemment faire le lien avec d’autres pratiques ou religions, comme le bouddhisme. Qu’importe !

Si vous n’avez pas encore lu « Le Mystère des dieux », faîtes moi plaisir, cornez quelques pages en lisant et à la fin, venez poster une ou deux citations ici sans lever le voile final !

Le Souffle des dieux

Le précédent tome n’avait pas déclenché en moi une vague d’admiration. Comme écrit dans mon précédent billet, je n’ai pas aimé la fin.

Pour ce second volet, « Le souffle des dieux », j’avais peur que la fin soit pire, un teaser pour le troisième épisode sans apporter de satisfaction ou de conclusions aux pistes ouvertes. Eh bien, non ! Ce deuxième tome est bien conçu, presqu’autonome.

Evidemment, je suis toujours un peu mal à l’aise, comme s’il y avait profanation, à donner des rôles à des célébrités ou à jouer avec l’histoire, les mythes et religions. En même temps, c’est un autre éclairage et ça permet de raviver la mémoire.

« Parle de ce que tu connais.

Montre plutôt qu’explique.

Suggère plutôt que montre. » (Edmond Wells, mentor du héros)BWSD

 

L’humour est présent, comme l’amour :

Alors que Michael est prisonnier de la muse Thalie, il s’en sort en pensant à Aphrodite « comme si un poison guérissait d’un autre poison. »

« Une utopie intéressante peut être tout simplement de commencer à s’entendre à deux… Dans un couple. »

Et le héros lutte contre ses désirs, tant ceux incarnés par Aphrodite ou ceux qui forment les ambitions de son peuple :

« Si tu le veux vraiment, nous pourrions faire l’amour, c’est vrai, mais tu n’aurais que mon corps, pas mon âme. »

 « Ce sont tes désirs qui te font souffrir. »

« L’intimidation permet d’économiser bien des vies. » (Cours de Sisyphe)

 

Il y a parfois comme des leçons de stratégie ou de management. Après tout, ils sont élèves dieux et doivent construire des civilisations. Chacun teste sa technique ou sa philosophie en la matière. Et n’est pas la caricature la plus répandu du consulting dans cette citation :

« Ce sont les boiteux qui veulent apprendre aux autres à marcher. Et ce sont ceux qui ont échoué qui donnent des leçons aux autres pour gagner. »

Ma citation favorite illustrant le comportement de certains en entreprise : « (les âmes) ont peur de ne pas accomplir leur mission. Alors elles empêchent les autres de réaliser la leur. »

Bernard Werber ressort également cette anecdote :

« Tout homme qui entreprend quoi que ce soit a systématiquement trois sortes d’ennemis : ceux qui voudraient bâtir le même projet à sa place, ceux qui voudraient réaliser le projet contraire, et surtout la grande masse de ceux qui ne font rien. Et ceux-là sont souvent les critiques les plus virulents. »

Il cite également d’autres auteurs comme Oscar Wilde : « Dans la vie il y a deux tragédies. La première c’est de ne pas avoir ce que l’on souhaite. La seconde est d’obtenir ce que l’on souhaite. Mais la pire des deux est la seconde, car une fois qu’on a ce que l’on veut, on est souvent déçu. »

 

Il y a aussi des jeux sur les contrastes qui peuvent parfois sembler des banalités mais les évidences sont parfois bonnes à rappeler :

« Le mal sert peut-être à révéler le bien. »

« Ce n’est que dans le noir qu’on voit la lumière. »

Comme ne pas penser que parfois Bernard Werber s’adresse directement à moi, à moins que ce soit Zeus : « tu as été fainéant. Tu n’as pas assez accompli de choses par rapport à ton potentiel. »

« On ne peut s’élever qu’en affrontant l’adversité. »

 

En conclusion, s’il n’y avait qu’un tome à lire, ce serait celui-là (cela dit, je n’ai pas fini le 3ème que j’ai à peine démarré).

 

Comme j’ai beaucoup corné, je vous offre quelques citations :

« La torture par le travail inutile. » (Torture nazie)

« Darwin se trompe. Au bout du compte, c’est l’alliance qui gagne, pas la compétition. »

« Quand vous répandez une peur ou un mensonge vous créez cette peur et vous transformez ce mensonge en réalité. »

« Je ne vois plus le grand avenir radieux. »

« L’héroïsme se crée dans la scène finale. »

« Pour obtenir un héros de qualité, choisissez d’abord un être qui a une bonne raison de se réparer, donc une résilience. »

« On tue pour survivre. »

« Un cœur amoureux qui vous poursuit, ça peut devenir l’enfer. »

« L’amour est la victoire de l’imagination sur l’intelligence. »

« Un peuple, on le programme, on le manipule. Mais on l’écoute. » (cours de Prométhée)

« Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on est vertueux, et ce n’est pas parce qu’on est riche qu’on est égoïste. »

« Le peuple aime craindre l’autorité. Il aime être puni. »

« Toute initiative perdue dans la masse. »

« L’homme veut se rend maitre du futur pour rester en vie le plus longtemps possible. »

« La personnalité a besoin d’expériences douloureuses pour évoluer. »

« Il faut que je m’aime. Il faut que j’aie confiance en moi. »

« Même le malheur finit par se fatiguer de s’acharner sur une même personne. »

« Un couple c’est un peu un système d’aimants qui s’attirent et se repoussent. » (Héra)

« Entre dire merci à quelqu’un qui les as aidés, et obéir à quelqu’un qui les menace physiquement, les gens n’hésitent que rarement. »

« La certitude, c’est la mort de l’esprit. »

« On ne se définit pas seulement par ce qu’on est, mais par ce qu’on n’est pas. »

A dieux !

Il y a bien longtemps que je n’avais pas lu Bernard Werber. Pourtant, je me souviens de ma surprise quand, terminant « la Révolution des Fourmis » fin 1996, fraîchement débarqué à Paris comme étudiant, je découvrais un « seul » site web sur cette œuvre hébergé sur les serveurs de mon école : http://www.ensta.fr/~goux/fourmis.html. Le lien est mort aujourd’hui mais Google a conservé quelques traces et le webmaster de l’époque a fait depuis ses premières armes de romancier.BW_NLD

Evidemment, en plus de ce souvenir, le titre me disait : « Prends moi ! ». Alors, je l’ai pris sans savoir que c’était le premier tome d’une trilogie…. Trilogie qui est elle-même comme un tome des récits de Bernard Werber puisqu’apparemment, « Nous les dieux » retrace la suite des aventures des héros de « Thanatonautes » et de « l’Empire des Anges », voire de « Nos amis les humains » (mais je ne sais pas). Mieux, il y a également Edmond Wells dont la première apparition était déjà dans « les Fourmis ». Passé cet amusement, j’avoue avoir ressenti parfois une forme de lassitude, me demandant si le romancier ne recycle pas ses idées, collant des passages de « L’encyclopédie du savoir relatif et absolu » par ci, reprenant des morceaux de mythologie par là, saupoudrant sa fiction avec des personnages réels du XXème siècle à qui il prête une nouvelle existence.

Toutefois, j’ai corné plusieurs passages dès l’avant-propos découvrant une citation qui cadre avec mon ambition de finir un jour mon propre roman débuté, il y a plusieurs années sur mes téléphones portables :

« L’amour pour épée, l’humour pour bouclier »

Nous voilà perdus quelque part, « Aeden », entre une espèce de Deus Academia et Poudlar, l’école d’Harry Potter. Le héros, Michael Pinson découvre les lieux, sa mission et pense déjà que « les humains ne sont pas faciles à aider ». Il se rappelle son mentor Edmond Wells : « Ils s’efforcent de réduire leur malheur plutôt que de construire leur bonheur. » Ca promet ! Bernard Werber va-t-il écraser l’humanité comme on écraserait des fourmis ? Dans le train quand je découvre ces lignes, je lève la tête pour observer autour de moi… on est dans la région la plus triste ou bien celle où les gens ont le plus d’admiration pour les chaussures, je ne sais pas… Après tout pour échapper à ce mauvais spectacle, je baisse les yeux sur mon livre.

Une nouvelle vérité me claque alors à la figure comme une synthèse de moments vécus intensément :

« On ne peut offrir qu’à ceux qui sont prêts à recevoir. »  (corné 2 fois !)

C’est clair ! Impossible de griller les étapes que ce soit pour les choses du cœur comme celles de la raison. Enfant, on capte beaucoup de choses, on reçoit, on découvre, on apprécie ou on rejette avec sincérité et puis un jour, ça disparaît… On devient presque suspicieux quand quelqu’un vous veut du bien. Ca cache forcément quelque chose et si devant le refus, la bonne âme fait preuve d’humeur, ne dit-on pas facilement : « j’en étais sûr ! Gros con ! »

A l’école des dieux, les professeurs surgissent de la Grèce antique. Chronos montre son art à ses étudiants. Chacun observe la planète « école » et la nature humaine :

« Tuer pour ne pas être tué »

« Trop accoutumés à leur confort, les démocrates étaient devenus paresseux et n’avaient plus envie de se battre. »

Chaque maître apporte aux élèves dieux leur vision, les interpelle et pousse à réfléchir au sens et à notre place sur terre ou dans les cieux. Mais attention, l’apprentissage n’est pas uniquement sur les bancs de l’amphithéâtre. C’est une école moderne. Ainsi, même si Edmond Wells est un étudiant comme les autres, il diffuse son savoir à celles et ceux prêts à recevoir comme pour la persévérance :

« Démissionner, c’est abandonner la partie. Tant qu’on est dans la partie, on peut tenter d’améliorer le cours des choses. Mais si on quitte le jeu, on a tout perdu. »

Michael raisonne également par lui-même : « On ne peut pas vivre sans cesse dans la peur. Parfois, il faut prendre le risque de la confiance. » Phrase que j’hésite à afficher à l’entrée de mon bureau… ou mieux, aux entrées de quelques camarades… En écho, Edmond Wells ajoute : « ne pas penser à l’avenir, c’est réduire son angoisse. » Principe toutefois difficile à respecter, quand on nous demande d’anticiper sans cesse et de prévoir d’où viendront les coups.

 

Bernard Werber joue avec les chiffres, comme son 1+1=3 des fourmis. Cette fois, les formes des chiffres décrivent des stades de l’évolution des vies. On apprend par exemple que le stade 3, stade animal, avec ses 2 bouches, dévoile « le secret d’une vie bien remplie » : « Tuer et faire l’amour ». Et les conseils se poursuivent : « D’abord tu frappes après tu réfléchis, et si l’autre est plus fort… tu t’excuses. »

Comme je le disais, on prend des leçons aussi bien pour l’intelligence que pour l’amour. Par exemple, pour la raison : « dans une organisation, le travail est réalisé par ceux qui n’ont pas encore atteint leur niveau d’incompétence. »

Pour le cœur : « Comment voulez-vous qu’une femme aime un homme gentil ? On peut tout pardonner à un homme, sauf ça. »

 

J’ai bien corné d’autres passages, apprécié certaines anecdotes comme celle des puces dans un bocal ou noté d’autres coïncidences avec mes propres moments tant personnels que professionnels.

Autant j’étais impressionné d’entrer dans l’histoire sans avoir lu les autres romans, autant je n’ai pas aimé la fin… j’ai failli ne pas acheter le tome suivant mais plusieurs jours de transport sans lecture m’ont convaincu de reprendre l’histoire où je l’avais laissée.