A la vitesse de la confiance !

The SPEED of Trust: The One Thing that Changes Everything (Covey, Stephen M.R.;Merrill, Rebecca R.)

The SPEED of Trust: The One Thing that Changes Everything (Covey, Stephen M.R.;Merrill, Rebecca R.)

Stephen MR Covey nous invite à réfléchir au management par la confiance à travers ce livre exceptionnel. Je suis même réducteur en écrivant « management par la confiance » puisque l’auteur propose d’étendre son analyse à un style de vie qui touche tous les domaines :

« There is one thing that is common to every individual, relationship, team, family, organization, nation, economy, and civilization throughout the world—one thing which, if removed, will destroy the most powerful government, the most successful business, the most thriving economy, the most influential leadership, the greatest friendship, the strongest character, the deepest love. (…) That one thing is trust. »

 

Stephen MR Covey incite à développer la confiance dans toutes les situations et motive cela en expliquant que la confiance permet de réduire les coûts et de construire plus rapidement :

« When trust goes down, speed will also go down and costs will go up. ↓ Trust = ↓ Speed ↑ Cost When trust goes up, speed will also go up and costs will go down. ↑ Trust = ↑ Speed ↓ Cost »

Selon lui, la formule qui dit que les résultats sont égaux à la stratégie multipliée par son exécution (R = S x E) est incomplète. Il manque un paramètre : la Confiance.

« (S × E)T = R ([Strategy times Execution] multiplied by Trust equals Results) »

L’auteur pousse les comparaisons financières jusqu’à soutenir que, selon le niveau de confiance, une organisation (ou une relation personnelle) peut être taxée ou toucher des dividendes.

Par exemple, il illustre de la façon suivante :

  • Si aucune confiance n’existe, la taxe s’élève à 80%. Dans une organisation, cela se traduit par une hiérarchie redondante, du micro-management, … Dans une relation personnelle, des agressions verbales se font courantes, par exemple.
  • Si le niveau de confiance est très faible, la taxe vaut 60%. Dans une entreprise, ce sera le règne du temps perdu à prendre des décisions. Les employés sont également malheureux (je prends cet exemple, parce qu’on verra plus tard l’importance de son contraire. Dans une relation personnelle, on se renvoie constamment les erreurs passées, le climat reste suspicieux…
  • La taxe à 40% s’explique dans une organisation par des agendas cachés ou encore avec des jeux politiques marqués par des alliés et des ennemies. Dans une relation personnelle, on retrouve des phénomènes d’omission.
  • A 20% de taxe, les organisations présentent encore des hiérarchies inutiles, donc encore un peu de redondance et des procédures à tout va. Dans une relation personnelle, il reste souvent des incompréhensions, des tensions.
  • Lorsqu’il n’y a ni méfiance, ni confiance, on trouve des organisations ou relations personnelles saines. La tolérance fait son œuvre.
  • Si les dividendes s’élèvent à 20%, on trouve alors des organisations qui travaillent de manière collaborative, font preuve d’innovation également. Dans une relation personnelle, les personnes communiquent positivement.
  • A 40% de dividendes, les organisations communiquent de manière transparente, sans effort, favorisent l’engagement, la loyauté, … Dans une relation personnelle, la joie est de mise tout comme l’excitation.

 

Stephen MR Covey illustre ses convictions par des exemples aussi bien de sa vie personnelle que d’expériences en entreprise. Et c’est plutôt convaincant ! Des exemples ou aussi des contre-exemples : « There are many reasons for disengagement, but one of the biggest reasons is that people simply don’t feel trusted. »

A partir de là, il explique comment agir pour gagner la confiance ou la reconquérir. J’ai surligné tant de conseils ou d’exemples qu’il est impossible de tout reprendre ici. C’est aussi imagé par des proverbes surprenants parfois : « French proverb “Fish discover water last.” »

 

L’auteur propose de découvrir ce qui fonde selon lui la crédibilité. 4 fondamentaux : l’intégrité, l’intention, les compétences et les résultats. Ces 4 mots suffisent à eux-mêmes. Je ne soulignerai que le quatrième : résultats. Si on garde en tête la formule  (S × E)T = R, on retiendra alors que délivrer des résultats permet d’augmenter la confiance. Et pour avoir des résultats, il ne faut pas avoir peur d’oser, ni de se tromper :

« In commenting on the process of perfecting the lightbulb, Thomas Edison said, “I didn’t fail ten thousand times. I successfully eliminated ten thousand materials and combinations that didn’t work.” »

 

Stephen MR Covey complète ces 4 fondamentaux avec 13 comportements, pour lesquels je reprends une citation (parmi les passages que j’ai cornés sur mon kindle) :

  1. Talk Straight « “Talk Straight” is honesty in action. »
  2. Demonstrate Respect : « Demonstrate Respect is based on the principles of respect, fairness, kindness, love, and civility. »
  3. Create Transparency : « Tell the truth in a way people can verify. Get real and genuine. »
  4. Right Wrongs : « The reality is that everybody makes mistakes. The issue isn’t whether you will make them, it’s what you will do about them. It’s whether you will choose the path of humility and courage or the path of ego and pride »
  5. Show Loyalty : « you look at everyone out there and all they did to contribute, and you give them the credit, attribution, recognition, acknowledgment, and appreciation. »
  6. Deliver Results : « I learned it’s most effective to give the best opportunities to the big producer who doesn’t talk instead of the big talker who doesn’t produce. »
  7. Get Better : « seek feedback, and learn from mistakes. »
  8. Confront Reality : « You rarely gain anything by shutting out the very people who are in the best position to help you solve the challenges and problems you face. »
  9. Clarify Expectations : « it’s wise to look at three variables—quality, speed, and cost—and realize that you can usually pick any two, but not all three. »
  10. Practice Accountability : « As the Russian proverb says, “Success has many fathers while failure is an orphan.” »
  11. Listen First : « when you Listen First, you get insight and understanding you wouldn’t have had. You make better decisions. Also you show respect. You give people psychological air. And the impact on trust is amazing. »
  12. Keep Commitment : « when you make a commitment, you build hope; when you keep it, you build trust. »
  13. Extend Trust : « Extend Trust is based on the principles of empowerment, reciprocity, and a fundamental belief that most people are capable of being trusted »

 

Pour un livre de développement personnel, c’est une excellente lecture qui dynamise ! On pourrait se dire qu’en France, ça ne marcherait pas ! Pourtant, on commence à parler d’entreprises libérées. Par exemple, dans Challenges du 19 février 2015, Jean-François Zobrist est cité en exemple comme ancien directeur de l’entreprise FAVI « qui croit que l’homme est bon. ». Il nous dit : « la confiance rapporte plus que le contrôle ». Cela rappelle aussi les travaux de sociodynamique de JC Fauvet. Faîtes le test en cherchant dans YouTube « entreprise libérée », vous verrez le nombre de vidéos et même une chaîne dédiée à ce sujet.

 

Ne restez pas SOT, lisez Speed Of Trust !

Le Temps des Hommes II par l’Institut de Sociodynamique

Ces derniers mois, je me suis investi modestement pour mieux comprendre ce qu’est cette « science de l’action », la sociodynamique ; peut-elle m’aider à avancer plus vite dans ma belle entreprise, à rendre un meilleur service à mes clients, à partager mes convictions autour de projets, …

Le Temps des Hommes II - Institut de la Sociodynamique

Tout d’abord, j’ai partagé quelques soirées de « travail » avec de remarquables personnes. Quand on veut sortir de son univers, il suffit de mettre le pied dans l’univers d’à côté. D’ailleurs, c’est plutôt un portail qu’un univers, puisque l’objet des réunions était de découvrir les expériences de plusieurs entreprises ou administrations qui ont mené des projets avec succès grâce à des concepts et outils inspirés par la sociodynamique de JC Fauvet. Le sujet de notre petit groupe : la stratégie des acteurs.

Ce 5 février 2015, le président de l’université de Dauphine a accueilli quelques 700 personnes venues écouter ce sujet ou encore une table ronde sur l’auto-organisation et l’intelligence collective. Voici quelques photos de l’événement.

5 février 2015 - Cécile Guinnebault

Trois témoignages ont démontré qu’investir dans l’homme est source de performance et de changement. Le « truc », c’est de trouver les bons leviers pour mobiliser et libérer les énergies.

 

5 février 2015 - ChigotEtre heureux au travail pour que la performance soit au rendez-vous ! La table ronde suivante a également revisité la pyramide de Maslow en plaçant au sommet le « besoin d’aimer ». Cocasse, quand parmi les témoins, on a écouté avec attention l’auto-organisation développée au sein des armées françaises.

Après la troisième table ronde, Michel Bon, qui a assisté à l’intégralité des échanges, s’est levé pour conclure avec humour et rappeler aux participants : « Votre devoir n°1 : faire grandir les autres ».

Michel Bon

 

 

Jacques a dit : « Devenir Soi » !

Devenir SoiEt voici ma première lecture sur mon Kindle, si je n’ai pas pu plier les pages, c’est quand même plus facile puisque tout ce que j’ai pu surligner est enregistré dans un fichier. Pour les citations, un copier-coller suffit.

Le dernier livre que j’ai lu de Jacques Attali m’avait déjà fait constater qu’il écrit régulièrement sur un modèle : un diagnostic sombre du passé, un présent qui nous conduit vers un avenir médiocre sauf si… Sauf si on réagit !

« Dans un monde aujourd’hui insupportable et qui, bientôt, le sera bien plus encore pour beaucoup, il n’y a rien à attendre de personne. Il est temps pour chacun de se prendre en main. »

En relisant mes notes de « Survivre aux crises », je m’étonne que le récit ait évoqué les mêmes souvenirs qu’à l’époque : « Carpe Diem », Morrison, … C’est un autre chanteur qu’il cite dans les exemples de gens qui ont pris en main leur destin : Kurt Cobain !

« Après l’échec de ses premières formations, entre 1985 et 1989, il rassemble ceux qui finiront par former le groupe Nirvana avec lequel il sort en 1989 l’album Bleach ».

 

Le diagnostic et l’avenir qu’il pose sont des plus sombres. Le vocabulaire choisi relève de la prophétie :

« L’ascension du Mal semble inéluctable. »

Jacques Attali nomme celles et ceux qui se laissent vivre les « résignés-réclamants » :

« ils sont consommateurs égoïstes de services publics qu’ils ne songent plus eux-mêmes à rendre aux autres. » (j’étais obligé de souligner ce passage sur les services publics)

« Par peur. Par paresse. Par passivité. Ils survivent au mieux, trouvant parfois de minces bonheurs dans les anecdotes de leurs destins. »

 

Cette fois, l’auteur pointe des expériences positives, des étoiles au milieu de ce ciel sombre. Il cite des artistes, des entrepreneurs, des bénévoles, … Il faut agir par soi-même, sans rien attendre des autres. Mais ce n’est pas parce qu’on a rien à attendre des autres, qu’il ne faut pas faire attention aux autres. Il multiplie les exemples aussi bien dans le temps que dans l’espace. L’auteur est intarissable et sa culture est incommensurable.

L’idée est donc « d’être aussi utile aux autres, et d’aider le monde à échapper à l’irrésistible ascension du Mal. »

Alors, si tu as de l’énergie, Jacques Attali propose, comme Nietzsche avec son « deviens ce que tu es », de « Devenir soi » : « il faut surtout agir, au lieu de rêver à un avenir meilleur sans le provoquer ».

Jacques Attali nous invite à comprendre ce qui nous freine, qui nous maintient dans notre « confort de l’aliénation » parce que, dit-il, « le monde appartiendra à ceux qui osent et oseront refuser d’être « résignés-réclamants » pour prendre le pouvoir sur leur propre vie ». Il trace un chemin en 5 étapes : « Prendre conscience de son aliénation », « se respecter et se faire respecter », « Ne rien attendre des autres », « Prendre conscience de son unicité » et « se trouver, se choisir ».

Facile et rapide à lire, chacun trouvera sa recette et qui sait, se lancera peut-être à la conquête de sa lumière !

Al quaida en France, Samuel Laurent

Pour une raison que j’ignore, on m’a prêté ce livre. Sans doute, est-ce le résultat d’une discussion sur l’actualité lors de la pause déjeuner. Merci pour cette lecture intriguante.

Je n’ai pas corné les pages pendant mes commutations pour rendre le livre en état mais j’ai pris en note quelques citations. Certaines pourraient être entendues dans le monde de l’entreprise pour les fanas de la concurrence en océan rouge.

« Un vrai soldat s’adapte aux stratégies de son ennemi. » (entretien de l’auteur avec Abou Youssef en Somalie)

D’autres n’auraient pas le même sens si elles n’émanaient pas de terroristes.

« Intégrer une cellule clandestine demande 4 qualités. La motivation, la fiabilité, la discipline et l’intelligence. » [remplacer cellule clandestine par organisation politique, association, entreprise, …]

 

La démarche de l’auteur demeure pour moi un mystère. Si je peux comprendre son besoin de se mettre en danger ponctuellement, ce livre pourrait lui faire courir un danger perpétuel. Quel intérêt quand son discours peut ne pas convaincre ses lecteurs ou sa cible ? Qui est-elle d’ailleurs ? Les politiques ? La DGSE/I ? Al-Quaida ?

Tout au long du livre, il se dit neutre et sans jugement. Pourtant… Mais, au final, que faut-il retenir ? La peur ? Se convertir ? Virer les gens de la sécurité intérieure ?

« Ils délaissent le monde réel et se réfugient derrière leurs super ordinateurs. » (cette phrase aussi, on peut la prêter à d’autres, des auditeurs ?)

« La technologie rend nos espions paresseux, elle leur fait perdre de vue l’essentiel : le courage et l’efficacité. »

Jugement de l’auteur sur son pays ?

« Pendant que la France se bat au Mali, eux sapent les fondations du pays sans être inquiétés. De l’intérieur. »

L’auteur livre un diagnostic qu’on doit croire sur parole puisqu’aucune photo n’illustre ses découvertes. Et si c’était la sécurité intérieure qui l’avait promené pour lui faire peur ? Pour le convaincre d’arrêter de se prendre pour un super espion ? Après tout, pourquoi devrais-je avoir plus peur de mon entourage en pensant qu’il y a peut-être des terroristes alors qu’il y a peut-être aussi des espions ? Une chose est sure, je suis entouré d’héros du quotidien.

Une autre déception est que Samuel Laurent n’explique pas comment sont embrigadés tous ces futurs martyres. Comment arrive-t-on à penser ainsi :

« Si les infidèles tentent de leur barrer la route, nous frapperons si fort qu’ils en resteront pétrifiés. »

« Nous faisons la guerre à ceux qui veulent empêcher l’avènement de ce monde parfait. »

Persuader quelqu’un d’offrir sa vie pourrait être utile à de bonnes causes. Aucune piste réelle sur ce point. Qu’est-ce qui peut faire que quelqu’un parte en Syrie en abandonnant tout (même s’il y a peu à abandonner) et revienne avec une autre vie, falsifiée, dans l’attente d’une mort pour une cause  peu partagée ? L’auteur nous livre un rapport de chefs. Il a rencontré ceux qui ne mourront pas parce qu’ils pilotent les agents dormants. On comprend qu’ils mobilisent agent par agent mais pas nécessairement des foules… Aimer un dieu au mépris de sa vie, pourquoi pas mais au mépris de celles des autres…

J’ai même parfois eu l’impression que l’auteur admirait le talent des émirs rencontrés.

« Sa grande vivacité intellectuelle et son esprit brillant me paraissent difficilement conciliables avec la foi inébranlable et impossible à questionner qui l’anime. » (entretiens avec Anjem Choudary, imam à Londres)

Facile à lire, le récit est intéressant mais finalement ne présente pas la force d’une fiction, ni celle d’une solution à un problème… Pas de prix Nobel de la paix.

Cité de la Réussite 2014

C’est à l’occasion d’un travail de veille que j’ai découvert, après quelques rebonds netiques, l’événement « La Cité de la Réussite ». Le programme de l’édition 2014 autour de l’audace promettait de beaux sujets et de belles personnalités avec plusieurs conférences en parallèle. La déception surmontée face à l’absence d’un Alexandre Jardin, par exemple, je ressors grandi en découvrant de nouveaux noms. Par exemple, il faudra que je m’achète le « Petit éloge de la gentillesse » d’Emmanuel Jaffelin.

J’ai aussi découvert les magnifiques amphithéâtres de la prestigieuse Sorbonne. Salles et mobiliers sont magnifiques mais honnêtement, resté assis sur des bancs en bois plusieurs heures… ça fait mal ! J’ai forcément pensé à Petite Poucette et les descriptions des décalages entre le système éducatif et notre époque.

Cité de la Réussite 2014

Voici mes quelques notes et impressions de 2 des 3 conférences auxquelles j’étais inscrit, pas nécessairement rapportées dans l’ordre chronologique des discussions.

 

La Ville audacieuse, comment l’inventer ?

Initialement, Anne Hidalgo devait faire partie de la table ronde. Voir la maire de Paris défendre son projet et sa ville motivait ma venue… malheureusement, son absence fut remarquée au moins le temps de remplir la salle.

Pour discuter de la Ville audacieuse, l’organisateur avait réuni :

  • Sophie BOISSARD, Directrice générale déléguée Stratégie & Développement, Préfiguratrice de la branche Immobilière SNCF
  • Vincent CALLEBAUT, Architecte
  • Cédric KLAPISCH, Réalisateur
  • Tristram STUART, Historien, activiste

Le mélange était intéressant et j’ai pris plaisir à me laisser surprendre par l’audace réelle de Callebaut et Stuart.

Cédric Klapisch m’est apparu comme un spectateur. Évidemment, il a défendu l’audace de certains architectes tout en critiquant les processus de décision ne laissant pas toujours la place à la modernité. Selon lui, le projet retenu au forum des Halles (la Canopée) n’était pas le meilleur projet. Il pense que le centre Georges Pompidou n’aurait jamais vu le jour si dans les années 70s la démarche eut été identique. Aurait-il affirmé devant Anne Hidalgo que « Paris n’est pas la Ville la plus audacieuse » ? Aurait-il provoqué la maire de Paris en disant que « la pauvreté politique est un manque culturel et un manque d’imagination » ?

Madame Boissard m’a d’abord fait peur avec un discours qui ne m’a pas fait rêver : « deux tiers des opérations urbaines se font sur des friches ferroviaires » ou « redévelopper la ville aux portes des gares ». Mouais… La présentatrice enrichissait même la publicité des gares parisiennes avec ses crèches, ses labos et autres commodités pour les voyageurs toujours plus nombreux… Aucun spectateur n’a osé avancer l’hypothèse que le nombre croissant des voyageurs dans les gares est probablement lié au niveau de vie à Paris et à l’éloignement des actifs de leurs lieux de travail parisien. Elle a quand même lancé une idée intéressante en proposant le concept de « logements réversibles » ; avec les futures gares du Grand Paris, des espaces se trouvent effectivement figés, parfois inutilisés et donc invendables. L’idée serait donc de construire pour une durée déterminée (15 à 20 ans). Reste à savoir comment on finance ce type de logements réversibles et pour qui ? Elle a bien évoqué une cible étudiante, ce qui nous laisse imaginer des logements avec un confort minimal et purement en location.

Au contraire, il a été facile de rêver avec Vincent Callebaut et ses concepts d’Archibiotic. Je vous invite vivement à découvrir son site : http://vincent.callebaut.org/

Vincent Callebaud : LilypadQuand il a présenté son projet « LilyPads » pour les migrations climatiques, ça m’a rappelé que j’avais naïvement découvert ce phénomène lors d’un événement 5 ans auparavant du centre d’analyse stratégique (mes notes : ici). Devant les images des concepts « Asian Cairns » ou « Tao Zhu Garden », j’ai commencé à me demander le sérieux de ses idées jusqu’à ce qu’il explique que le premier avait fait l’objet d’un dépôt de permis de construire et que le second serait livré en 2016. Fan ou pas de ses projets, on peut comprendre sa frustration devant le manque d’audace des villes françaises pour concrétiser ses rêves en France.

De son côté, Tristam Stuart a réalisé un projet plus terre à terre en s’attaquant au gaspillage alimentaire. Il est parti du constat qu’un tiers de la nourriture est jetée entre les fermes (lieux de production) et les supermarchés (lieux de distribution) en passant par les consommateurs. Son idée est ainsi à l’initiative de la vente de légumes biscornus, moins jolis mais tout aussi bénéfiques que des légumes répondant à des normes esthétiques. Pour lui, il ne faut pas oublier notre dépendance à la Terre et qu’une « ville autosuffisante est une ville égoïste ». L’agriculture et les paysans sont aussi l’avenir de l’homme.

 

Climat et énergie : ayons l’audace de réussir la transition énergétique.

Bien qu’intéressante, j’ai moins de choses à tracer sur cette séance. Le débat est resté très typique du Yakafocon ! La forme de Brice Lalonde m’a fait marrer mais on reste sur des concepts qui finalement n’aboutissent pas : « verdir l’économie, verdir la fiscalité ! » OK, très bien mais comment ? Peut-être que tout cela avance trop lentement parce qu’on impose aucune décision.

B Lalonde citera l’ancien ministre du pétrole saoudien, Cheikh Yamani :

L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres.

L’âge du pétrole ne s’achèvera pas avec le manque de pétrole.

 

 

Mendicité, resto du coeur, etc…

Aujourd’hui, un bulletin de don pour les restos du cœur m’attendait dans la boîte aux lettres. Voilà maintenant un an en préparant mon pot de départ au travail, sachant qu’une collecte pour un cadeau serait organisée, j’ai demandé que l’enveloppe fasse l’objet d’un don aux Restos du Cœur. Je me souviens encore des réactions…Resto Du Coeur

D’abord, un collègue a essayé de me convaincre de ne pas le faire : « il y a toujours des malversations dans ces associations », me disait-il. « C’est l’occasion d’avoir un truc pour te faire plaisir ! » Après une négociation en faisant intervenir d’autres collègues plus compréhensifs, on m’a donc offert ce petit plaisir et une contribution sincère à une oeuvre caritative. Plus tard, une collègue m’a surpris par une question que je n’ai toujours pas comprise : « Pourquoi faire un don aux restos du cœur ? » A croire que la gentillesse ne peut pas être sincère. La gentillesse est suspecte.

Quand je me rends à mon bureau en prenant le train pour Saint-Lazare, je marche quelques minutes et en montant la rue de Vintimille, il y a cette dame, sans âge, devant le franprix, assise, tendant la main en essayant de sourire. Je m’interroge souvent comment fait-elle pour survivre ? pourquoi Paris et pas plus au sud, plus au soleil. Parfois, je me dis que je devrais m’arrêter, lui demander simplement, comprendre comment on peut en arriver là… mais je n’en ai pas le courage. Alors, je réponds à son sourire et lui tends une pièce aussi souvent que possible.

 

N’ayez pas peur d’être gentil, au moins une fois de temps en temps, sur avec le froid qui arrive.

Grain de sable

Le grain de sable a bloqué l’escalier.

Avec elle, la tempête a tout emporté.

Le désert s’installe, la nuit tombe,

Le froid glace, tout devient bien sombre.

De lui-même, il n’est plus qu’une ombre.

Comment revivre après une hécatombe ?

Dans le ciel, une étoile vient l’emporter.

Qui est-elle ? Est-ce une alliée ?

Ou au contraire, un nouveau mirage ?

Etoile, donne lui le courage.

Petite Poucette de Michel Serres

Zapping à la maison, zapping à l’école, zapping dans les relations… Tout un bouleversement induit par les comportements d’une nouvelle génération, des changements pas toujours compris par celles et ceux emprisonnés du passé.

Michel Serres plante dans les premières pages un décor étrange pour son héroïne, petite poucette, nourrie aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux. Rapidement, il cherche à comprendre et pose la question suivante : « Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d’été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts…, sans avoir expérimenté, dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ? »

Posée comme ça, c’est presqu’inquiétant. Si j’ai connu les vrais animaux, les champs, la pêche aux tritons et autres crapauds…, si je me souviens des chars dans les rues de mon village simulant une guerre, c’est surtout parce qu’aux trêves, avec mes amis, c’était la course à la douille, aux obus en plâtre, … Evidemment, il y a bien eu les alertes au lycée pendant la guerre du Golf mais la réalité se vivait à des kilomètres. Etudiant à Paris, j’ai été frappé de voir les jeunes parisiens découvrir les animaux au parc des expositions, Porte de Versailles.

Le philosophe ne joue pas la mélodie des réfractaires et rappelle que ce sont les « adultes qui ont méticuleusement détruit (la) faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze. » Ces adultes récitent l’histoire, racontent les grandes ères de l’humanité et semblent figés dans le passé dans leurs pratiques, leurs modes de pensée, leurs modes de vie… « Voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classe, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même…, cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus. »

Finalement, l’auteur décrit une personne agissant comme une entreprise externalisant certaines ressources, certaines capacités cognitives dans le magma d’Internet. Petite Poucette aurait bel et bien une tête moins pleine (ou pleine différemment) et mieux faite pour répondre à Montaigne. Michel Serres annonce alors : « Fin de l’ère du savoir ». Le savoir se consomme désormais comme n’importe quel autre produit ou service. Le philosophe explique alors les mutations des comportements à l’école conduisant parfois à certaines incompréhensions. Revenant là aussi à une image d’entreprise, il évoque les lois de l’offre et de la demande. Selon lui, l’offre ne répond plus à la demande… Je dois dire qu’en regardant mes garçons, je me suis posé la question de l’interactivité à l’école. Apprendre à lire, apprendre à écrire, est-ce possible sans une méthode directive ? Mon grand garçon a désormais une partie de ses cours sur iPad. N’apprend-il pas autrement déjà ?

Michel Serres décrit les anciennes pratiques avec sévérité : « le savoir lui-même exigeait des corps humiliés, y compris de ceux qui le détenaient. » De ce carcan, Petit Poucette se libère… Je me souviens encore du tournage d’une classe de CM2 avec mon frère, il y a déjà plus de 15 ans. Mon frère et moi avions un souvenir strict de l’instituteur. A chaque demande de participation à notre époque, les élèves baissaient la tête… Pendant le tournage, le maître d’école interviewé au fond de la classe devait parler de plus en plus fort pour couvrir le chahut des élèves. Il proposa alors qu’un élève vienne montrer l’usage fait de l’unique PC de la classe ; si les enfants avaient pu se battre pour participer, ils l’auraient fait. N’était-ce pas là les signaux faibles des mutations évoquées par le philosophe ?

Une autre vérité révélée peut expliquer les difficultés des entreprises à se développer, non pas à cause de Petite Poucette mais de celles et ceux effrayés par le changement : « au travail, elle répond à celui qui lui parle, non selon la question posée, mais de manière à ne pas perdre son emploi. Désormais courant, ce mensonge nuit à tous. » Si nous vivons avec le niveau de vie que nous connaissons, c’est bien grâce à nos ainés mais l’exemplarité n’est pas toujours au rendez-vous. Michel Serres donne l’illustration donnée par les politiques tant dans leur mode de communication que dans leur assemblée (brouhaha, tweet, …).

Un ouvrage courageux, gênant, qui interpelle, une invitation à encourager la modernité à bon escient, évidemment.

 

Coïncidence excellente, voici l’image trouvée sur mon réseau social pro :La pyramide de Maslow

 

Petite Poucette a rajouté une base à la pyramide de Maslow. Est-ce que Michel Serres partage ?

 

 

Le loup en livre ou en film ?

Une fois n’est pas coutume, ce billet évoquera aussi bien le film que le livre : Le loup de Wall Street. J’ai pris soin de commencer par l’autobiographie de peur que le film ne me motive pas à lire les 760 pages de l’édition de poche. Si j’avais bien entraperçu quelques secondes Leonardo Di Caprio dans une bande annonce, le sujet m’échappait complètement hormis la référence à la célèbre place financière New Yorkaise. Alors, pourquoi ne pas lire « Le loup de Wall Street » sur la plage et regarder le film après ?Wolf Of Wall Street
Premier constat : malgré le nombre de pages, je n’ai pas corné plus de 10 pages… j’ai bien ri mais ce n’est qu’une autobiographie partielle, tournant parfois à l’autodérision. Il y a aussi beaucoup d’autopromotion (ça fait beaucoup d’autos mais c’est un livre qui roule !). Est-il un vendeur hors pair ? A l’occasion, j’irai regarder les vidéos sur sa page FB www.facebook.com/jbstraightline ou ses conseils de vente sur www.jbstraightline.com.
Deuxième constat : même dans les romans qui n’ont aucun rapport avec notre époque et surtout le travail, j’arrive toujours à marquer des pages ou des expressions en me disant qu’un jour, j’utiliserai telle ou telle chose, que je citerai des passages pour appuyer mes messages, etc. Là, alors qu’il y a l’univers « business », je ne retiens finalement pas beaucoup de choses. Le livre est dédié à ses enfants, je pensais même voir en quoi il leur laisse une trace de lui, un héritage, une demande de pardon, autre… mais non, rien. Un peu décevant sur ce plan.
Troisième constat : la richesse des événements nécessitait forcément une simplification de l’histoire pour faire un bon film… mais pourquoi donc dans l’adaptation des noms, ont-il été changés les noms alors qu’une recherche sur Google redonne les vrais noms ? Curieux…
Au début du livre, une note explique que J Belfort est condamné à verser 50% de ses gains à ses anciens clients-victimes. Si l’escroquerie est à peine décrite comme la raison du blanchiment d’argent (dans le film, il va planquer son fric pour que le FBI ne le dépouille pas), à l’inverse, il explique assez clairement comment il manipule ses équipes : « c’est plus facile de les contrôler s’ils sont fauchés. (…) ils sont endettés jusqu’au cou, pour des voitures, des maisons, des bateaux et tout ce genre de conneries. S’ils ratent un chèque, ils sont dans la merde. C’est comme s’ils avaient des menottes dorées aux poignets. A vrai dire, je pourrais les payer plus, mais alors ils n’auraient plus autant besoin de moi. » N’est-ce pas démoniaque ? D’autant plus que quelques pages plus loin, l’auteur relate un petit discours de motivation pour que ses équipes décrochent leurs téléphones et « arrachent les yeux de la tête » de leurs clients. On pourrait penser qu’il est transparent puisqu’il ajoute un peu plus loin : « Laissez les conséquences de l’échec devenir si désastreuses et inconcevables que vous n’aurez plus d’autres choix que de tout faire pour réussir. » Il qualifie lui-même ses agissements comme des « lavages de cerveaux ».
Le Loup et les Lemmon 714Martin Scorsese remporte un grand succès avec l’adaptation cinéma mais j’ai moins ri qu’à la lecture du livre, peut-être parce que je ne pouvais plus être surpris.Toutefois, Di Caprio m’a amusé lorsdu passage où il s’effondre après une surdose de LEMMON 714. Pourtant, Scorsese n’a pas abusé d’effet visuel pour renforcer son délire. Au contraire, j’ai presqu’été gêné par le nombre de marche de l’escalier du Club house. J’ai quand même fait pause pour photographier cette magnifique ouverture de la porte de la Lamborghini. On a l’impression que la porte le soulève presque.
Il a fallu faire des choix pour le scénario mais la version papier livre une scène qui m’a fait penser à la séquence finale du film « Orange mécanique ». Le Loup de Wall Street est en désintoxication et la thérapeute propose à Jordan Belfort de prendre alors la parole en public et sa petite voix intérieure digne d’Alex résonne : « Le Loup était enfin de retour au combat ! ». Le discours qui suit porte sur un événement anodin démontrant son aptitude à manipuler les foules avec humour.

Comme quoi, lire le bouquin après avoir vu le film apporte son lot de surprises. Toutefois, ni cherchez aucune morale mais uniquement un moment de folie (nickel pour la plage !)