Leadership sous 0 degré

A l’époque, les aventures se vivaient encore dans le monde réel, plus souvent qu’aujourd’hui. Notre planète faisait l’objet d’explorations et de découvertes. Vous pourriez me citer un contre exemple récent avec le record réalisé par James Cameron, plongeant dans les abysses de l’océan Pacifique, par 10km de fond.

« Leadership sous 0° » revient sur l’aventure de Sir Ernest Shackleton et son expédition en Antarctique de 1914 à 1916. Dennis N.T. Perkins tire des leçons de management de cette expérience.
L’auteur en propose 10 :
1. Tenir le cap vers le but ultime et objectifs à court terme. N’est-ce pas l’un des fondements de la stratégie : vision et victoires rapides ?
2. Donner l’exemple. L’auteur souligne le fait que pour obtenir des équipes une forte implication, il faut savoir se donner soi même et contribuer à l’effort.
3. Rester optimiste et montrer de l’assurance tout en demeurant réaliste.
4. Prendre soin de soi. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre les 2 enseignements précédents et de se sentir bien dans avec les décisions prises (ou non).
5. Souder. Equipe, équipe, équipe. Un leader n’existe pas sans équipe.
6. Minimiser les différences de statut social : courtoisie et respect.
7. Maîtriser les conflits.
8. Célébrer les victoires.
9. Prêt à prendre le Grand Risque : saisir la dernière chance.
10. N’abandonner jamais !

Les extraits de l’expédition donne envie de lire le récit original de l’Endurance. En lisant, je me suis fait la réflexion que l’histoire se porterait bien à l’écran et que cela donnerait un sacré film d’aventure, un blockbuster bourré d’effets spéciaux, etc (James Cameron adorerait, non ?). Après une recherche web, d’autres ont déjà eu l’idée, aussi bien en long métrage qu’en série TV. A l’occasion, il faudra que je regarde si on ressent le leadership du capitaine dans les interprétations.

Revenons à l’analyse de Perkins. Dans ma frénésie de corner les pages, je m’aperçois que peu d’exemples contemporains ont retenu mon attention. Pour plusieurs raisons et en particulier, parce que l’analogie de la vie en entreprise avec l’aventure de Shackleton présente des écarts importants :
Piloter un projet diffère de la gestion d’un processus mature. Or, même si toute entreprise a des projets, il lui faut surtout une activité récurrente pour assurer ses charges a minima et distribuer des primes et dividendes le cas échéant.
Vivre 24/7 une expédition n’a rien à voir avec une vie professionnelle classique. De nos jours, il est souvent de bon ton de séparer la sphère privée et la sphère professionnelle. Quand vous êtes coincés à plusieurs sur un navire puis sur les glaces, vous partagez plus, vous écoutez plus.

Il y a donc quelque chose de frustrant. C’est comme lire un livre de recettes sans pouvoir en goûter une seule.

Cependant, les aventuriers, celles et ceux prêts à démarrer des projets et à souffrir pour atteindre un but ou un rêve, apprécieront le récit de Perkins.
L’auteur décrit avec humour des situations qu’on rencontre aussi dans de grandes entreprises : ‘il n’y a probablement pas tache plus difficile pour un leader que celle d’avoir affaire à des gens médiocres tout en demeurant sensible aux sentiments de chacun et en veillant à préserver l’unité de l’équipe.’ Et il ne s’agit pas uniquement de l’équipe mais bien de tous les acteurs autour du leader : hiérarchies, homologues, subalternes, …

La situation extrême permet de mettre en évidence l’importance des fondamentaux y compris les plus basiques comme la politesse. Perkins l’illustre avec une anecdote personnelle saisissante : au Viet Nam, alors qu’il portait un message en pleine bataille, sous le feu ennemi, Perkins interrompit la discussion entre son commandant et l’officier du renseignement. Ce dernier lui cria : ‘Excuse toi !’ Perkins avait trouvé la situation irréaliste puis avait compris que ‘la politesse constituait un des rares vestiges de la civilisation.’

Le livre regorge d’anecdotes illustrant les enseignements de l’aventure de Sir Shackleton. Il dessine les traits communs des leaders et rappelle qu’une entreprise produit grâce à l’implication coordonnée des Hommes qui la constituent. Encore faut-il construire son équipe et déceler sa motivation ?

Allez en route et bonne lecture !

2 réflexions au sujet de « Leadership sous 0 degré »

  1. Pas d’accord sur tout… Ok pour la politesse et le respect, c’est indispensable.
    La stratégie n’a rien à voir avec les Quick wins. C’est plutot la formalisation de la ligne directrice vers le but ultime recherché d’une entreprise, les situations envisageables et les limites du jeu qu’on se fixe.
    Une telle expédition peut donc être comparée à l’activité de R&D d’une entreprise, c’est à dire un processus qui capitalise la connaissance et qui construit un chemin à mesure que les situations se présentent. Ce que tu décris, c’est une ligne de production. Souviens toi d’Appolo 13, le processus de sauvetage… Idem pour un processus créatif…
    Enfin, avoir des médiocres ou même des normaux dans une équipe, c’est normal car on est tous médiocres qq part, mais aussi excellents ailleurs. Le bon manager est donc celui qui arrive à accorder ses besoins, les champs des compétences requises et les hommes et femmes de son équipe, quitte à les former pour ça !

  2. Tu lis trop vite mon ami. Je n’ai pas encore succombé à STRATEGIE = QUICK WINS. J’ai mis VISION face à but ultime et QUICK WINS face à court terme. Donc, on partage sur ce point.

    Je suis également d’accord avec toi pour un projet R&D et pour Appolo 13. Mais la vie se compose plus souvent de lignes de production que de navette spatiale (à mon grand regret, même si j’avoue n’avoir pas voté pour J Cheminade au premier tour alors qu’il parlait Hélium 3, etc). Quand j’étais Chef de Projet R&D, j’ai effectivement plus souvent mis en pratique cours de stratégie ou d’entrepreunariat. Avec Hélène, nous avons aussi essayé de mettre en pratique une démarche pour lancer H&Co (www.h-andco.com) et pour développer, on continue de s’inspirer de success stories. Sauf qu’avec ma doudoune, on est toujours dans le navire, soir et week-end. Mes collègues, que j’aime beaucoup, ne sont pas là le week-end ou le soir. Pire, ils prennent des vacances et je dois valider (même si j’ai le choix dans la date ! Ca, c’est juste pour la contrepétrie classique…).

    J’admire l’expédition d’Ernest Shackelton et le livre proposé par D NT Perkins est intéressant. Pour une livre de management, ça s’apprécie même mais certaines activités se prêtent plus facilement à mettre tout ou partie en pratique que d’autres.

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