Mes notes sur le débat Enerpress du 11/01/10 : Quelles leçons tirer de Copenhague ?

Participants

Pierre-Franck CHEVET, Directeur Général Energie Climat MEEDDM

            CV : Polytechnique (1981)

            Personnalité : posée

Jean-Marc JANCOVICI, co-fondateur du cabinet Carbone 4

            CV : Polytechnique (1981) / Telecom Paris (1986)

            Personnalité : provocateur

Quelles leçons tirer de Copenhague ?

Pierre-Franck CHEVET estime que le sommet de Copenhague à permis de « franchir une étape » : contenir le réchauffement du climat à 2°C. Il a longuement souligné les progrès et points positifs suivants :

  • Une mobilisation de très haut niveau : des chefs d’Etats.
  • Un travail technique important malgré un arrêt juste avant la prise de décisions : les textes sont prêts à être arbitrés.
  • Un engagement collectif : des pays développés acceptant les contraintes, des pays en voies de développement prêts à infléchir leurs orientations et des aides pour les pays recherchant l’accès à l’énergie. Union de ces pays pour s’engager sur la forestation.
  • Des financements planifiés : « fast start » 30 milliards € prévus en 2010 / 2012 puis 100 milliards €/an à horizon 2020.
  • Des rendez-vous : le 30/01/10 pour matérialiser les engagements des pays des annexes 1 et 2 puis en juin à Bonn et en fin d’année à Mexico.

Le directeur général de la DGEC ne nie pas des difficultés, notamment, des débats sur la responsabilité historique des pays développés ont paralysé les chantiers transverses (certains pays ont eu l’impression que les pays développés refusaient leur responsabilité sur la situation actuelle). Pour illustrer son propos, il cite Hugo Chavez : « Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé ! »

La date de pic des émissions n’a pas pu être fixée (2020 ? 2030 ?)

Pierre-Franck CHEVET rappelle que le sommet a été l’occasion de pousser l’« idée à la française de la création d’une organisation mondiale de l’environnement ». Il conclut sur le slogan d’une ONG : : « There is no planet B !  »

Jean-Marc JANCOVICI démarre son exposé en donnant le ton : « On attendait un miracle, on a juste eu un progrès. » La forme du discours laisse penser qu’il allume régulièrement « la bande de fonctionnaires » mais ses critiques ciblent aussi les citoyens / électeurs restés« tranquilles au chaud chez eux ». Il qualifie le sommet de Copenhague d’AG annuelle et rappelle qu’une entreprise vit entre chaque AG.

De son point de vue, il s’agit désormais « d’organiser la décroissance. » PF Chevet répond sur ce point qu’il est possible de faire « des choses intelligentes » tout en ne subissant pas la décroissance voire en profitant de la rentabilité d’investissements (ex : isolation). Pour cette raison, JMJ préconise d’abandonner le PIB expliquant que c’est un indicateur de flux (« fiche de paie pour la transformation des ressources ») et non de stock (« les ressources diminuent »). Selon lui, contenir le climat à un réchauffement de 2°C, c’est diminuer le pouvoir d’achat des consommateurs (il félicite à travers cette idée le travail des gouvernements cherchant à prendre des décisions tout en satisfaisant leurs électeurs) ce qui constitue une difficulté majeure.

JMJ n’est pas pour la décroissance en tant que telle, mais il y aura nécessairement une baisse du pouvoir d’achat.

Jean-Marc JANCOVICI considère que le sommet a été un succès car des échéances courtes ont été fixées et qu’il est extrêmement urgent d’agir. Il attend de bonnes surprises même s’il note les risques liés aux élections mid-term aux USA et l’augmentation du prix du pétrole qui, avec une récession en 2011, diminuerait les capacités d’investissement.

Jean-Marc JANCOVICI salue au passage le gouvernement : « Aller à Copehnhague sans faire voter une taxe Carbone, c’est faire le fanfaron ! » car même avec des objectifs contraignants de Kyoto, certains pays n’ont pas respecté leurs engagements (Japon, Danemark, Autriche Espagne, etc.), il faut donc bien commencer par agir en local.

Pour JMJ, il est trop tard globalement pour agir sur le gaz et le pétrole car nous sommes entrés déjà dans une phase de gestion de la rareté (pour le gaz les prix remonterons nécessairement avec quelques années de décalage par rapport au pétrole). Il reste deux leviers d’action majeurs : le charbon et la forêt.

Pour les 2 orateurs, l’accord de Copenhague apporte une clarification et un cadre : « c’est mieux que rien ! ».

Taxe carbone ?

Pierre-Franck CHEVET confirme le nouveau planning :

  • 20/01 : proposition de principes pour refonder la taxe
  • Concertations des parties prenantes
  • 01/07 : mise en œuvre

Jean-Marc JANCOVICI, « promoteur de la taxe carbone » (Yves MARTIN est le père de l’idée depuis les années 90), s’est dit d’autant plus surpris qu’il ne connaissait pas le mécanisme du conseil constitutionnel. Il se demande si le texte a bien été compris devant « un jugement par intime conviction » sans réflexion : « le conseil note la copie sans donner le corrigé ! ». Implicitement, cela voulait presque dire que le conseil constitutionnel avait besoin de cours d’économie…

Pierre-Franck CHEVET complète  en rappelant que la taxe carbone propose un jeu à somme nulle de type bonus / malus. Il rapporte que des critiques s’interrogent sur la nécessité d’avoir 2 outils : une taxe d’un côté et des quotas de l’autre. Il rappelle que le premier outil s’adresse aux personnes physiques en France tandis que le second concerne les personnes morales selon le droit européen. Les quotas offrent en plus l’avantage de piloter la politique environnementale et d’afficher les résultats souhaités mais sans que le prix ne soit fixé. La Contribution Climat Energie a été renommée Taxe Carbone pour se focaliser sur le problème du CO2 et c’est le choix politique qui a été fait. Selon lui, « les producteurs d’électricité à partir d’énergies fossiles entrent dans les quotas. »

Jean-Marc JANCOVICI souhaite que la nouvelle version du texte conserve 2 points essentiels :

  • La progressivité : annoncer 17€/tonne puis donner de la visibilité sur les 25 années suivantes (permettre aux entreprises de réaliser leur calcul de rentabilité).
  • La commission de suivi : externaliser le suivi hors des politiques.

Enfin, il s’est risqué à proposer un complément à la directive ETS avec un système d’enchères affichant des prix plancher croissants avec le temps et des amendes minimales croissantes également (visibilité 2040/2050). Cela permettrait de faire converger le système de taxe et celui des quotas. PF CHEVET s’est montré sceptique à cette idée sans pour autant fermer la porte.

LE CR ENERPRESS

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